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Yuji Akimoto nous parle de son commissariat de Yu-ichi Inoue à la Maison de la Culture du Japon à Paris

Yuji Akimoto nous parle de son commissariat de Yu-ichi Inoue à la Maison de la Culture du Japon à Paris

02 juillet 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Yuji Akimoto est commissaire de l’exposition Yu-ichi Inoue qui se tiendra à la Maison de la Culture du Japon à Paris du 14 juillet au 15 septembre. Il est également directeur de The University Art Museum, Tokyo University of the Arts.

Est-ce que la calligraphie est très présente dans l’art post deuxième guerre mondiale au Japon ?
La calligraphie d’après-guerre a ceci de remarquable que, tout en s’appuyant sur la tradition japonaise, elle a trouvé sa place dans l’art contemporain. Après la défaite de 1945, le Japon a été sous l’influence des Etats-Unis dans divers domaines : industrie, culture, politique, etc. L’américanisation était omniprésente, de la culture (feuilletons télévisés, cinéma, etc.) à l’alimentation avec, par exemple, la généralisation de la consommation de pain et de lait. C’est dans ce contexte que la calligraphie et d’autres arts traditionnels perpétués depuis des siècles périclitèrent et qu’il devint nécessaire de les considérer différemment. L’art de l’arrangement floral et la cérémonie du thé, notamment, furent alors complètement réformés, et la calligraphie suivit le même chemin. Le rejet des conventions, la prise en compte de l’histoire de la calligraphie et une conception différente de l’essence de cet art permirent à des œuvres callligraphiques d’une nouvelle ère de voir le jour. Aujourd’hui, la calligraphie est aussi populaire au Japon que d’autres formes d’expression artistique telles que la peinture, la sculpture ou la photographie. Elle n’est pas seulement quelque chose que l’on admire, elle permet également l’apprentissage d’une culture traditionnelle.

Quel est l’apport de YU-ICHI INOUE à l’art contemporain ?
Yu-ichi Inoue a exercé une large influence sur les arts d’après-guerre, du Japon et d’ailleurs, non seulement en amenant l’avant-garde calligraphique au niveau de la peinture occidentale, mais aussi en renforçant un art enraciné dans l’histoire et la culture de l’archipel.
Avec seulement du papier et de l’encre de Chine, et en se basant sur des concepts zen ou philosophiques, Yu-ichi a créé des œuvres à partir de valeurs japonaises ou orientales. Cependant, durant l’après-guerre, il a déployé ses activités aux côtés de mouvements d’avant-garde internationaux tels que l’art informel et l’expressionnisme abstrait, apparus en même temps un peu partout dans le monde. Son influence ne s’est donc pas limitée au Japon, ni au domaine de la calligraphie, elle s’est étendue à l’art du XXe siècle.

Cette exposition est la première rétrospective en France, comment expliquer cette absence ?
Hors du Japon, c’est principalement aux Etats-Unis, en Allemagne et en Chine qu’ont été organisées des expositions de Yu-ichi Inoue, ou des présentations d’ensembles de ses œuvres. Et c’est dans ces pays qu’on trouve le plus grand nombre de ses admirateurs. Mais pourquoi Yu-ichi n’a-t-il jamais été exposé en France ? A cette question, il m’est difficile de répondre. Cependant les Français étant sensibles à l’art abstrait, notamment à l’art informel, et s’intéressant au zen, ils devraient apprécier cet artiste.
Pourtant, dans les années 50 et 60, un dialogue s’était instauré entre Yu-ichi et les peintres Alechinsky, Soulages et Mathieu, et l’information circulait entre eux via les expositions et l’échange de revues. Mais à partir des années 70, ce dialogue ne fut plus aussi soutenu, ce qui pourrait expliquer que Yu-ichi n’ait jamais été exposé en France jusqu’à aujourd’hui.

Comment va s’organiser le parcours, il y aura–il des interactions numériques ?
L’exposition se présente sous la forme d’une rétrospective : des années 60, quand Yu-ichi affermit son style, jusqu’en 1985, année de sa disparition. Les œuvres, présentées de façon chronologique, sont réparties en 5 sections : les calligraphies en un ou deux caractères ; les œuvres combinant texte et image ; les calligraphies de textes critiques vis-à-vis de la société ; les calligraphies de textes introspectifs ou testamentaires ; les « calligraphies au fil des mots » de poèmes ou de contes contemporains. Les textes calligraphiés seront retranscrits en français afin d’en comprendre le sens. Une vidéo de Yu-ichi en train de réaliser une œuvre permettra de comprendre comment il créait ses calligraphies.

L’exposition est-elle visible par des enfants ?
Les calligraphies de Yu-ichi sont l’expression d’une grande liberté, il est donc possible de les apprécier même si on ne comprend pas la langue japonaise. Tout le monde peut s’amuser à imaginer le mouvement du pinceau en suivant des yeux les traces qu’il a laissées sur la feuille. Les enfants sont souvent réceptifs à ces œuvres nées du mouvement du corps.

Visuel :Affiche de l’exposition

Infos pratiques

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Micro Onde, centre d’art de l’Onde
Achermann-Philippe

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