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Volet textile pour saison japonaise à Guimet

Volet textile pour saison japonaise à Guimet

26 juillet 2013 | PAR Franck Jacquet

Dans le cadre de la saison japonaise du musée Guimet se déroule jusqu’au début du mois d’octobre une exposition consacrée aux tsutsugaki, textiles traditionnels reflétant un pan important des pratiques culturelles de l’archipel entre la période moderne et le début de l’époque contemporaine sous les Meiji (1868 – début XXe). L’exposition, très succincte, vient donc faire écho aux autres manifestations organisées durant cet été.

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Tsutsugaki, kesako ?
Le tsutsugaki désigne à la fois une technique et un vêtement (tsu tsu, tube ; gaki, dessin). On utilise un cône solide pour apposer un motif par une colle à base de pâte de riz. Cette colle protège le textile avant son bain de teinture, les contours sont travaillés, plusieurs pièces sont agencées minutieusement de par leurs coutures de sorte qu’une fois le vêtement ou l’ensemble achevé paraît n’être fait que d’une seule pièce. Les tsutsugakis sont réalisés en lin, en coton. Ils peuvent donc être à la fois des pièces du quotidien pour les classes aisées qui usent aussi de pièces de soie, mais ils sont aussi commandés pour des occasions particulières par le commun. Ils exigent dans tous les cas le travail de plusieurs artisans depuis le dessin du motif jusqu’à la couture finale. Apparaissant à la fin du XVIe siècle, ils se développent, connaissent leur apogée au XIXe siècle avant de progressivement décliner à partir du début du XXe siècle. Pourquoi l’indigo est-il particulièrement présent ? L’exposition ne l’explique pas. Cette couleur, alors qu’elle est très prisée en Occident et très chère avant le développement de la chimie est au contraire très répandue au Japon (les couleurs rouges ou chaudes étaient alors souvent réservées aux groupes supérieurs de cette société très hiérarchisée). Elle est donc logiquement comprise dans le thème de l’exposition. Cette couleur se dégrade vite aux lavages car elle se fixe mal sur les différentes matières. L’exposition se compose majoritairement de pièces issues de la collection Krishnâ Riboud et du musée. Reprise par Léonard T. Foujita, peintre de l’Ecole de Paris, on perçoit donc son prolongement jusqu’au cœur du XXe siècle. Par un parcours thématique très resserré, on perçoit donc les principaux usages de ces pièces considérées désormais comme des œuvres. L’évolution de la technique et la chronologie (pourtant importante) ou même la diversité des thèmes en fonction des régions n’apparaissent pas.

Une porte d’entrée vers le quotidien
Les usages sont particulièrement mis en avant. Ce sont donc bien des pièces du quotidien ou reflétant celui-ci : futons pour célébrer des naissances, pièces de costume traditionnel pour fêtes populaires, bannières pour signaler une offrande à un temple, veste de pêcheur, tissu pour célébrer un mariage… Elles doivent être utiles, excepté peut-être pour le cas des tissus de croupe de cheval lors de célébrations particulières. Car le tsutsugaki a pour objectif de souhaiter la bonne fortune à ceux qui le reçoivent. Pour les garçons, ce sera virilité, force et sagesse. Pour un couple, un avenir marqué par une belle descendance. On voit ainsi les objets du quotidien être représentés tels les ustensiles de cuisine traditionnelle pour indiquer l’opulence. Sur les vestes de pompiers, alors héros dans des villes entièrement construites de bois, on représente des animaux protecteurs ou la défaite des mauvais génies, notamment la carpe maléfique. Dans la croyance populaire, le souhait de réussite est souvent incarné par un noshi, nœud cérémoniel composé de rubans d’abalone séché ou alors par les motifs protecteurs durant la nuit. Ils sont donc nombreux. Le bestiaire très varié pourrait être mieux expliqué.

Au final, les artisans de ces pièces forment un art populaire dont les grands traits évolutifs ne sont pas encore toujours distingués alors que le kimono a largement été étudié, notamment parce qu’il fut très tôt un vêtement d’exception. Certaines techniques de couture sont expliquées car particulièrement importantes pour comprendre les silhouettes de l’époque. Par ailleurs, on nous donne à voir cette proximité entre ce que font alors ces artistes et le rythme de vie des paysans qu’ils partagent alors qu’en Europe au même moment se développent les Arts and Crafts dont la standardisation industrielle la distingue de plus en plus des pratiques traditionnelles. On percevra mieux cette proximité, pour ceux qui souhaitent approfondir, avec la somme Japanese folks textiles parue en 1989 ou en s’attardant sur les collections et travaux parus au musée du Quai Branly dont l’angle anthropologique vient bien compléter cette exposition privilégiant technique et esthétique.

On entre donc par cette petite porte dans le quotidien japonais du XIXe siècle, on rencontre ses animaux magiques, on imagine les relations entre artisans (d’art) et société. Le parcours présente des pièces rares, peu exposées et vient bien compléter l’exposition phare du musée cet été consacré à l’art de la table au Japon du début du XXe siècle.

Visuel 1 : Kimono de femme porté comme un voile (kazuki)- Motif de Cours d’eau et de feuilles d’érable japonais, Japon, toile de lin,tsutsugaki partiellement teint au pochoir, 134,6 x 134,1 cm, Photo: Shinichi Yamasaki, © DR
Affiche : Catalogue de l’exposition « Tsutsugaki, textiles indigo du Japon », Editions Hermann / Ueki & Associés / Musée Guimet, 96 p., 61 illustrations pleines pages, 17 euros.

Infos pratiques

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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