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Trésors du Ghetto de Venise : un enrichissement temporaire des collections permanentes

Trésors du Ghetto de Venise : un enrichissement temporaire des collections permanentes

21 mai 2015 | PAR Alice Aigrain

Petite institution très dynamique, le MAHJ a décidé d’ajouter un nouvel évènement à sa programmation déjà foisonnante. Ainsi pour la première fois, et grâce au soutien de la Fondation pour la mémoire de la Shoah et de l’ONG Venitian Héritage, la collection permanente du Musée d’art et d’histoire du judaïsme se voit enrichit d’un prêt de pièces d’une qualité rare. De quoi vous encourager à courir (re)découvrir la riche exposition permanente du musée, à en apprendre un peu plus sur le Ghetto de Venise, premier ghetto juif d’Europe.

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Instauré en 1516 par décret du Sénat, le ghetto de Venise est conçu comme un lieu de ségrégation. L’interdiction d’en sortir la nuit, l’obligation de porter un chapeau rouge à l’extérieur, associé aux nombreuses mesures restrictives valables en dehors, font de ce lieu un espace de confinement d’une population pourtant hétéroclite. En effet, le ghetto, d’abord habité par 700 juifs ashkénazes et italiens, va s’étendre successivement en 1541 et en 1630 avec l’arrivée de juifs sépharades puis occidentaux. Ainsi les cultures se mélangent et le ghetto de Venise devient un lieu de rencontre, de diversité et d’émulation artistique et intellectuelle de la culture juive poussée par le contexte d’une République vénitienne qui est un carrefour privilégié et libertaire entre l’Orient et l’Occident.

Intégrée à la collection permanente, l’exposition vient enrichir les salles sur l’Italie. Les ouvrages présentés font partie d’un ensemble de 40 objets retrouvés lors de travaux dans une synagogue espagnole de Venise. Ils y avaient été cachés par deux responsables des services religieux du ghetto en 1943 avant l’entrée des nazis dans la ville. Tous deux furent déportés avec 200 autres juifs et assassinés à Auschwitz.

Après une salle d’introduction présentant les objets de la vie et de la liturgie juive, et une autre sur les juifs en France au Moyen Age, nous entrons dans le vif du sujet : les juifs en Italie et plus particulièrement à Venise. La conservatrice nous prévient : « nous avons un attachement particulier à ces salles, car l’Italie est un des seuls pays à ne pas avoir chasser les juifs de son territoire. Cela offre une continuité et une possibilité de voir les évolutions de la culture et de l’histoire juive ». Plateaux, couronnes de la Torah, lampes perpétuelles, montrent l’importance du travail de l’orfèvrerie liturgique notamment de l’argent, d’une qualité rare, et dont la récente restauration du Venitian Héritage permet l’admiration dans de parfaite condition. Les torches et coffres pour rouleaux de la Torah démontrent la virtuosité du travail du bois et chacun de ces objets témoigne de l’émulation artistique qui a lieu dans le ghetto, dont la production s’inspire parfois de l’art chrétien vénitien tout en le modelant à l’orthodoxie juive. Le parcours se poursuit autour de deux thématiques, l’une se centre sur les questions socio-économiques du Ghetto de Venise, et l’autre se penche sur le cas particulier des travaux d’imprimerie dans le ghetto.

Ainsi l’exposition propose de mettre en lumière une partie de l’histoire juive italienne jusqu’alors peu mise en avant dans les collections permanentes du MAHJ. Commémorant ainsi le cinquième centenaire du ghetto de Venise, l’exposition propose une scénographie efficace. La disposition de certaines œuvres au centre de la pièce ou dans des vitrines, permet d’assurer de bonnes conditions d’observation des objets d’art. On peut cependant déplorer le manque de didactisme de l’exposition. Se concentrant sur quelques textes de contextualisation historique, les cartels minimalistes ne laissent aucune place à l’explication esthétique, ni même à l’appréhension de la complexité des rapports entre les différentes cultures qui composent le ghetto, ni leur rapport avec l’extérieur. Ainsi afin d’être sûr de profiter de la richesse qu’offre cette exposition, nous conseillons aux visiteurs de préférer une visite guidée.

© AA

Infos pratiques

Labo des Histoires
Théâtre Liberté
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

2 thoughts on “Trésors du Ghetto de Venise : un enrichissement temporaire des collections permanentes”

Commentaire(s)

  • Roos E.

    dommage qu’un site « culturel » confonde les dates (ghetto créé en 1916 ! vraiment ?) et fasse des fautes d’orthographe : « ses » salles dans le 3e § ! Sinon, merci, c’est intéressant.
    E.R.

    mai 26, 2015 at 19 h 04 min
    • Vous avez parfaitement raison, il y avait bien une faute de frappe dans la première date citée. L’article a donc été corrigé. Merci de votre vigilance. A.A

      mai 27, 2015 at 1 h 04 min

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