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Sally Gabori : quand l’ancrage territorial sublime la transmission universelle

Sally Gabori : quand l’ancrage territorial sublime la transmission universelle

13 septembre 2022 | PAR La Rédaction

La Fondation Cartier pour l’art a rassemblé une sélection exceptionnelle d’œuvres de Sally Gabori morte en 2015 et qui avait débuté sa carrière de peintre à l’âge de 80 ans. Encore trop méconnue en dehors de l’Australie dont elle était originaire, gageons que cette exposition contribuera à rendre un hommage ô combien mérité à Madame Sally Gabori.

Par Marc Bittoun

Une grande dame

L’exposition s’ouvre sur une série de toiles peintes collectivement (avec deux des filles de Sally Gabori et avec six de ses congénères). La première salle nous propose deux toiles monumentales de 6m x 2m accrochées l’une au-dessus de l’autre où le bleu profond domine et attire irrésistiblement notre regard. Au-delà de l’abstraction première des compositions colorées mais arrangées avec une intelligence sous-jacente tangible, le spectateur comprend rapidement qu’il a affaire à une représentation géographique que le titre des œuvres vient ensuite confirmer.
Et lorsqu’on s’intéresse de plus près à la vie hors norme de Sally Gabori, on apprend qu’elle est née sur l’île de Bentick dans la baie de Carpenterie (nord-est de l’Australie), que son île fut dévastée par un raz-de-marée qui entraîna la pollution des réserves d’eau constituées et qu’elle fut déplacée par la mission presbytérienne, avec les siens, sur l’île de Mornington. Membre du peuple Aborigène Kayaldit, elle perd tout repère sur son nouveau lieu de vie où il est interdit aux enfants Kayaldit de parler leur langue. Sally Gabori se consacre alors à sa famille, élève 12 enfants, et c’est à l’âge de 80 ans qu’elle découvre la peinture à l’occasion d’ateliers organisés par la Maison pour l’Art de Mornington.

Des tableaux monumentaux

Dès lors, Sally Gabori ne cessera jamais de peindre et produira près de 2,000 œuvres en 9 ans. Cette production exceptionnelle tant par son volume que par la quantité impressionnante de toiles monumentales, retrace la mémoire des lieux que Sally Gabori et les siens ont été contraints de laisser. Et de manière quasi obsessionnelle, Sally Gabori va poser sur la toile les contours de six lieux majeurs situés sur l’île de Bentick avec une proportion importante de paysages côtiers tirés de sa mémoire ou de la divinité Dirbidibi (littéralement la morue de roche), s’inscrivant ainsi pleinement dans la tradition séculaire de son peuple, le peuple Kayaldit étant l’un des derniers peuples Aborigènes côtiers d’Australie.
Au fil de la visite, l’évidence s’impose ; Sally Gabori n’est pas seulement une artiste exceptionnelle, elle transcende son art pour le transformer en instrument de transmission universelle. Avec cette première exposition personnelle en dehors de l’Australie, la Fondation Cartier pour l’art nous propose une occasion unique de découvrir et rendre hommage à Madame Sally Gabori.

 

Informations pratiques

Exposition Mirdidingkinghati Juwarnda, Sally Gabori, du 3 juillet au 6 novembre 2022, Fondation Cartier pour l’art

Entrée libre et gratuite samedi et dimanche pour les Journées du Patrimoine. Toutes les informations.

Visuel : Sally Gabori, centre d’art et d’artisanat de l’île Mornington,2008-2012.Photo © Inge Coope

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