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Mike Kelley à Beaubourg : une satire aiguë de la société américaine

Mike Kelley à Beaubourg : une satire aiguë de la société américaine

02 mai 2013 | PAR Géraldine Bretault

Itinérante, cette rétrospective de l’oeuvre de Mike Kelley voyagera ensuite au PS1 de New York, après une première étape au Stedelijk Museum d’Amsterdam, pour finir au MoCA de Los Angeles, territoire d’élection de l’artiste.

Né en 1954 dans une banlieue de Detroit, Mike Kelley passera ensuite par la prestigieuse CalArts à Los Angeles, qui lui enseignera la polysémie à travers l’interdisciplinarité. L’artiste peut imaginer les montages vidéos les plus complexes comme il peut revenir au dessin enfantin ou au Do-It-Yourself le plus bricolo qui soit. Car une seule chose importe, révéler à la face du monde le caractère absurde et impitoyable de la culture vernaculaire américaine.

Pour ce faire, tous les moyens sont bons, y compris les plus dérisoires : à cet égard, la série de petites maisons à oiseaux détournée recèle une force contestataire insoupçonnée derrière la simplicité du dispositif. Si le cœur de l’exposition semble rendre hommage au groupe punk rock qu’il fonda avec Tony Oursler en 1977, dans le foutoir organisé de The Poetics Project, compilé de 1977 à 1997, la section la plus caustique et dérangeante reste sans doute celle consacrée au système éducatif américain et au dégommage tout azimut de la perversion systémique qui entoure l’enfance.

Educational Complex s’apparente d’abord à un travail sur la mémoire, gigantesque maquette d’établissements scolaires réalisée à partir des souvenirs forcément parcellaires de Mike Kelley. Les choses se corsent avec Day is Done, qui sème insidieusement le vice au cœur des activités les plus emblématiques de l’enfance, les multiples fêtes déguisées ou activités extra-scolaires qui occupent ces chers petits.

Là, le malaise est palpable, une légère pointe d’absurde suffisant à saper tout un système et à pervertir l’enfant déjà forcément pourri jusqu’à l’os. Une enfance à laquelle pourtant l’artiste aimerait croire, comme lorsqu’il s’acharne à représenter la ville mythique de Superman sous toutes les formes possibles dans Kandors ou lorsqu’il collectionne les peluches abandonnées pour les soumettre à des fantasmes inavouables. Attention toutefois, si l’œuvre truculente de Paul McCarthy, un des acolytes de Kelley, est plus accessible et directement trash, il est plus difficile de résister à Kelley et à son emprise poisseuse, car l’homme sait emprunter à tous les niveaux de culture, y compris Raymond Roussel.

Réinjecter de la complexité, fuir les faux-semblants, piquer là où ça fait mal, et surtout, surtout, lutter contre les exégèses trop rapides et simplificatrices, qui en circonscrivant les propos, en minent le pouvoir contestataire. En ce sens, si l’exposition du Centre Pompidou prend le risque de l’hermétisme, l’esprit est respecté à la lettre. Mike Kelley s’est suicidé en janvier 2012.

 

Crédits photographiques © Estate of Mike Kelley. All rights Reserved :

The Poetics Project (en une), avec Tony Oursler
Birdhouse for a Bird That is Near and a Bird That is Far et Title Drawing
Extracurricular Activity Projective Reconstruction #1 (A Domestic Scene)

 

 

Infos pratiques

Les Cygnes
Théâtre du Palais Royal
centrepompidou

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