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« Les Maîtres de la sculpture de Côte d’Ivoire » au quai Branly

« Les Maîtres de la sculpture de Côte d’Ivoire » au quai Branly

13 avril 2015 | PAR Géraldine Bretault

Dans le sillage d’André Malraux, qui notait la prééminence de la sculpture parmi les arts africains, le musée du quai Branly zoome sur une région d’une grande richesse, la Côte d’Ivoire. Coupant court aux clichés simplistes à propos d’un art longtemps dit « primitif », l’exposition prend le parti de la complexité pour mieux montrer la diversité.

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Avec cette exposition intitulée « Les Maîtres de la sculpture de Côte d’Ivoire », le Musée du quai Branly parvient avec brio à proposer un parcours aussi esthétique que pédagogique, dans le droit fil de sa mission initiale. Esthétique, car les principales régions artistiques sont distinguées par des cimaises-écrins, aux tons sourds pour les Dan ou les Sénoufo, plus clairs pour les Lobi ou les Baoulé, aux côtés des Peuples lagunaires et des Gouro. Des vitrines sur socle permettent d’apprécier la plasticité tridimensionnelle des œuvres sculptées.

Mais le parcours se veut avant tout didactique : dès la première section consacrée aux Dan, on découvre des panneaux présentant chaque sculpteur, à côté d’œuvres de sa production, ainsi qu’une brève vidéo montrant les usages liés à ces pièces dans cette culture. Un film en noir et blanc clôt cette section en resituant les masques africains dans leur contexte spirituel : c’est-à-dire un costume complet, activé dans le cadre de cérémonies et de danses collectives.

La section suivante est consacrée aux techniques artistiques. Là aussi, la présentation privilégie la démonstration : les principales techniques (poterie, tissage, fonte du laiton, feuille d’or, travail du bois) sont illustrées par les outils nécessaires à leur production, ainsi qu’une vidéo de quelques minutes illustrant leur utilisation concrète.

En fin de parcours, la dernière section fait le lien avec des artistes contemporains de Côte d’Ivoire – Emile Guebehi et Nicolas Damas, Koffi Kouakou, Jems Robert Koko Bi – en montrant comment leurs particularismes locaux rejoignent des thèmes et expressions artistiques universels.

L’exposition impressionne surtout par son ambition : elle inaugure une nouvelle ère dans l’appréhension des arts dits premiers. Contrairement aux idées longtemps admises, qui faisaient de la sculpture africaine une expression avant tout fonctionnelle, répondant à des archétypes formels, le visiteur réalise que, à l’instar des arts européens autrefois considérés comme supérieurs, on distingue pour chaque région des individualités très affirmées au sein d’une expression artistique locale. Ainsi, au-delà des attributions parfois encore floues (certains maîtres sont connus nominativement, quand d’autres noms désignent un lieu-dit ou une caractéristique formelle), les œuvres éblouissent par leur beauté à la fois intemporelle et singulière.

Si l’on peut juste regretter que les essences de bois et les autres matériaux ou patines employés ne soient pas précisés sur les cartels lorsqu’ils sont connus, on se réjouit en revanche d’apprendre qu’il s’agit de la première écoexposition du quai Branly : dans un souci d’économie, la scénographie a été conçue parallèlement à celle de la prochaine exposition « Sépik, L’Art au long du fleuve », qui s’installera dans ces mêmes cimaises à partir d’octobre prochain.

 

Visuels: © Museum Rietberg Zürich, photo: Rainer Wolfsberger
© Museum Rietberg Zürich, photo: Rainer Wolfsberger
Collection Marianne et Helmut Zimmer
Cadeau Rietberg-Gesellschaft. Ancienne collection Paul Guillaume, avant 1920
C
ollection privée. Provenance : Hans Himmelheber, recueillie en 1933
The Pigozzi Collection, Genève

 

Infos pratiques

Festival Petits et Grands
Espace B
Marie Boëda

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