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« Les cahiers dessinés » à la Halle Saint-Pierre : le goût de la liberté

« Les cahiers dessinés » à la Halle Saint-Pierre : le goût de la liberté

29 janvier 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

« Circulez il y a tout à voir ! » pourrait être la bulle qui accompagne l’œil présent sur l’affiche de l’exposition Les cahiers dessinés qui vient d’ouvrir à la si berlinoise Halle Saint-Pierre. A voir absolument.

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Avant d’entrer dans le vif du sujet, il faut s’arrêter sur le lieu, tout en verre, ponctué d’un bar et d’une librairie. Ici, on pourrait passer la journée à bouquiner, à écrire, ou si on en a le talent, à dessiner. La célèbre revue Les Cahiers Dessinés voit ici un écrin se faire autour d’une sélection de 69 artistes croisant les époques, les styles et les points de vue. Tous ont en commun la liberté offerte par les dessins qui n’imposent aucun format, aucun support. Le dessin est libre tout comme le parcours qui se divise en deux étages mais qui jamais ne nous dirige. Alors, on va, dans ce lieu où les salles ne portent pas de nom, où aucun grand panneau ne vient nous donner la leçon, on va donc, là où l’œil nous mène. On s’arrête sur les estampes de Victor Hugo qui sortent rarement de sa Maison devenue musée sur la place des Vosges. On stoppe net sur une œuvre d’art Brut signée Laure Pigeon. Elle travaillait à l’encre bleue le résultat de ses séances de spiritisme. Il y a de la finesse, du ciselage même, dans le travail du clochard Marcel Bascoulard. On rencontre ceux que l’on connait et que nous sommes si heureux de saluer ici. Les dessins de presse de Valloton que devait adorer feu l’ami Honoré assassiné le 7 janvier. Le trait est noir, plein et précis. On rit devant les personnages de Topor.

Avoir l’œil libre c’est aussi entendre que le dessin ne se limite pas au crayon, et quelquefois, comme dans le travail de Jean Scheurer, il n’est qu’abstraction. Lui est le Soulage du dessin. Ici, ses petits cadres offrent des dégradés de noir dans lesquels il faut se regarder dans l’espoir, si vous possédez encore une âme, d’y croiser quelqu’un. Le dessin peut être mobile, comme dans le travail à la dentelle de Corinne Véret -Collin qui fait danser ses figurines. Il peut être assemblage chez Marcel Katuchevski, il peut être, et le deuxième étage de l’exposition le montre bien, le lieu de la liberté d’expression la plus totale. La coïncidence pourrait sembler prophétique si elle n’était pas si glauque. Cet étage-là apparaît à nos yeux comme un mémorial dédié à Hara-Kiri. Ils sont presque tous là, les vivants et les morts. Reiser, Siné, Pierre Fournier, Gébé (mention spéciale pour son Hitler présentant une œuvre chez un marchand d’art juif qui lui rétorque « vous pouvez mettre une croix sur votre carrière! ». On rit aussi, tout aussi tristement, devant le trio gagnant de Willem qui met à la table un rabbin, un imman et évêque en leur faisant dire : « Pas facile : faire un dessin pour se moquer des athées sans les blesser ».

Les monuments (Pierre Alechinsky) se regardent en même temps que l’on découvre, nous néophytes les œuvres de Christian Dotremont. Eux deux offraient un art assez torturé, quasi cubique, le second allant plus dans l’abstraction mais tous deux maniant à merveille l’encre de Chine.

Allez-vous perdre et laisser votre regard vagabonder sans censure ni contrainte. Vous croiserez des foules de Sempé à opposer aux maisons vides de James Castel. Le dessin a de l’avenir, en déplaise aux barbares.

Visuels :

Victor Hugo, La maison à roue, non daté, plume et lavis d’encre brune, 26,3×17,3cm (c) Maison de Victor Hugo, photo Roger-Viollet, ©Maison Victor Hugo

Pierre Alechinski, Le pigeon d’Hazebroek, 1990, Encre avec une bordure acrylique sur carte de géographie gravée au XVIIe siècle marouflée sur toile, 67×100 (c)  photo Olivier Brunet ©Olivier Brunnet

Roland TOPOR, Happy End, 1977, stylo, encre et crayon de couleur, 32,2x24cm (c) Roland Topor, photo Widmer Fluri©Widmer Fleuri

Infos pratiques

Galerie Beckel – Odille – Boïcos
Galerie Malingue
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Une réflexion sur « « Les cahiers dessinés » à la Halle Saint-Pierre : le goût de la liberté »

Commentaire(s)

  • Vacassin

    On ne montrera jamais assez les dessins de Fournier. Et le trait de Victor Hugo reste étonnant.

    janvier 30, 2015 at 13 h 58 min

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