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Les Arts Décoratifs déconstruisent les idées reçues sur le Bauhaus

Les Arts Décoratifs déconstruisent les idées reçues sur le Bauhaus

18 octobre 2016 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le Bauhaus ne se résume pas à un bâtiment aussi beau soit-il de Ludwig Mies van der Rohe. C’est de cette façon que l’on pourrait résumer l’angle de l’exposition réalisée avec la Fondation d’Entreprise Hermès qui s’ouvre demain aux Arts Décoratifs consacrée à ce mouvement qui ne fut pas qu’architectural, assassiné par le régime nazi.

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Le sens du parcours est ici aléatoire, on se perd dans les circonvolutions et les alcôves pensées par la scénographe Laurence Fontaine qui s’est inspirée d’un schéma tout aussi circulaire du fondateur du mouvement Walter Gropius. Ce dessin, et donc le plan de l’Esprit du Bauhaus, titre de ce focus.

Pour comprendre l’apport de ce manifeste qui colle à l’histoire de la montée du nazisme, les commissaires ont choisi une approche d’abord chronologique puis thématique de cette période qui a révolutionné les arts visuels, l’architecture et le design. En partant des origines, en allant montrer jusqu’à des plans cardinaux de cathédrales médiévales, on comprend que le groupe d’amis à l’origine du Bauhaus n’est pas arrivé à ces réflexions sur les lignes et les couleurs ex nihilo. La pureté du mouvement se niche loin dans le temps, comme dans un vase en grès du XVIe siècle ou plus près, dans un candélabre datant de 1901. L’histoire du Bauhaus croise celle du nazisme car Walter Gropius n’a cessé de fuir le régime en création. D’abord présent à Weimar, le Staatliches Bauhaus devra se déplacer à Berlin avant de fermer ses portes.

En déambulant parmi les 900 oeuvres on trépigne d’envie  ( et notre désir sera assouvi ) de croiser les chaises aux lignes à la fois industrielles et élégantes de Marcel Breuer . On tombe pour de vrai sur le spectaculaire fauteuil Wassily qui démultiplie les structures en acier. Mais on sera surpris, voire étonnés de comprendre l’attention qui a été portée ici non pas à la réalisation des objets mais bien à leur processus de création. Le cœur de l’expo, et sa partie la plus tourbillonnante sont les salles consacrées chacune à un atelier, un programme de formation. On y voit alors les dessins, très fidèle à l’esprit du maître des élèves de Vassily Kandinsky. Mobilier, vitrail, céramique, peinture…chaque salle témoigne de la diversité du lieu de vie que fut le Bauhaus. La vie en collectivité est ici bien montrée à l’aide de photos d’archives appliquées en papier peint au mur comme un ruban. Fêtes et alanguissements sur la pelouse étaient la loi de cet art total. Cette « Construction » ( Bau en allemand), et la production des oeuvres témoignent d’une inclinaison pour la couleur alors qu’on associe le Bauhaus à des bâtiments blancs aux lignes rationnelles. Le  logo du Bauhaus, créé en 1922 par Oskar Schlemmer en est l’archétype, on croit voir un profil mais c’est un immeuble qui est là. Cela symbolise peut-être les fondations que voulaient poser Gropius, celle d’un habitat humain où la modernité rime avec beauté et pratique dans des gestes d’avant-gardes qui le reste aujourd’hui. Avec un succès discutable, l’exposition tente en guise de conclusion de montrer l’héritage du Bauhaus, mais aucune des pièces rassemblées dans cette section par Mathieu Mercier n’atteint la pureté des courbes, des transversales et des lignes de l’école allemande. Peut-être car la création même du Bauhaus était en mouvement, ses étudiants et ses fondateurs étant traqués. Les lignes de fuite ne sont jamais loin dans les carrés et les rectangles qui forment les tapisseries de Ruth Consemuller.

Visuels : Autorisation du Musée des Arts Décoratifs

Infos pratiques

Centre National Jean Moulin
Petites formes mouvantes et émouvantes
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One thought on “Les Arts Décoratifs déconstruisent les idées reçues sur le Bauhaus”

Commentaire(s)

  • Michel Weinfeld

    Je viens de visiter l’exposition : « L’esprit du Bauhaus » au musée des Arts décoratifs. Pas loin de la fin du parcours, un grand diagramme intitulé « L’héritage du Bauhaus » montre le monde, sur lequel sont affichés des lieux (la plupart du temps des grandes villes) où des évènements liés au Bauhaus ont eu lieu (par exemple : New York 1938, exposition au MoMa, ou bien : Stuttgart 1968, exposition « 50 ans de Bauhaus »), où des anciens du Bauhaus sont intervenus (par exemple : Paris 1953, siège de l’UNESCO par Marcel Breuer), etc. Mais à ma stupéfaction, on y voit aussi : « Auschwitz 1940, Fritz Ertl participe à la conception du camp de concentration ».

    Que ce personnage ait été un nazi et même un officier SS, tout en ayant la qualité d’ancien du Bauhaus, c’est surprenant, alors que le très grande majorité de ces anciens étaient des anti-nazis convaincus, l’histoire du Bauhaus le montre avec évidence. Mais que les responsables de l’exposition aient osé faire figurer Auschwitz parmi les lieux témoignant de « l’héritage du Bauhaus » est une véritable monstruosité, qu’ils aient qualifié implicitement « la conception du camp de concentration » comme une oeuvre qui est à mettre au crédit de l’enseignement et de l’esprit du Bauhaus, cela est un outrage à la mémoire des professeurs et des élèves (et parmi ces derniers, mon père) qui ont justement fait la réputation de cette grande institution.

    Michel Weinfeld

    novembre 26, 2016 at 16 h 55 min

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