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Le tueur en série Landru décortiqué au Musée des Lettres et Manuscrits

Le tueur en série Landru décortiqué au Musée des Lettres et Manuscrits

24 mai 2013 | PAR Camille Hispard

L’exposition Landru au Musée des Lettres et Manuscrits est une plongée fascinante et perturbante dans une des enquêtes les plus célèbres du début du XXème siècle, qui met en scène un tueur en série atypique, un escroc aux méthodes cruelles et mystérieuses. 

LANDRUChaque pays, chaque époque possède ses mythes, ses symboles, dans l’ombre comme dans la lumière : des personnages se démarquent et racontent une ère du temps, nous renseignant sur les façons de vivre, les réflexions d’un siècle et parfois même les errances singulières et violentes d’un individu.

Landru est l’un de ces mythes, à l’analogie proche d’un Jack l’Eventreur tant son empreinte criminelle est ancrée dans la mémoire collective française. Landru, escroc, tueur en série, bourreau des coeurs macabre, homme brillant et énigmatique fascine encore, c’est inéluctable. Avec toute cette vague récente d’attrait pour les faits divers à la télévision comme dans les journaux, on pouvait s’attendre à ce qu’une telle exposition joue avec l’aspect voyeuriste et nauséabond d’une histoire comme celle-ci. C’est pourtant une approche tout à fait différente qui nous attend dans cette exposition.

Ce n’est pas un patchwork glauque que propose le Musée des Lettres et Manuscrits mais une démonstration des étapes précises et détaillées d’une enquête de police. Le visiteur se place ici en tant que véritable chercheur qui tâtonne selon les preuves et les documents d’archives exceptionnels réunis exclusivement pour cette exposition. Des coupures de presse uniques aux interrogatoires en passant par des documents manuscrits des enquêteurs, on suit le cheminement mené principalement grâce à la détermination de l’inspecteur Jules Belin.

Comme une épopée sordide mais passionnante on suit le fil d’un profil qui se dessine peu à peu. Celui d’Henri Désiré Landru, homme marié avec quatre enfants qui vit de petits métiers en escroqueries diverses, changeant de nom comme de chemise. On perçoit étape par étape ses stratagèmes visant à rencontrer des femmes en passant des annonces pour finir par les attirer dans ses villas de Vernouillet et de Gambais pour les tuer, les découper et les brûler, afin de les dépouiller de leurs biens. Véritable bourreau des coeurs à la séduction magnétique, il promettait à ces femmes un mariage heureux afin de les appâter. Onze victimes sans preuves matérielles : dix femmes et un enfant.

 VICTIMES LANDRUAu-delà de l’intérêt pour l’enquête en elle-même qui fascine véritablement en tout point, il y a une réalité historique latente : à l’aube de la première guerre mondiale, Landru a profité de la désorganisation étatique que subissait la France pour commettre ses crimes en toute impunité. De plus, les femmes à l’arrière étaient sans maris et plus vulnérables, et Landru, déserteur, s’est servi de ce constat et des failles administratives liées à la guerre pour planifier ses meurtres.

Méthodique et maniaque Landru répertorie tous les détails de ses comptes et de ses activités dans un carnet dont les notes sont également exposées au Musée des Lettres et Manuscrits. Il y a par ailleurs, un parallèle bouleversant entre Landru et son bourreau, Anatole Deibler qui lui trancha la tête le 25 février 1922 et qui comme lui, avait la manie obsessionnelle de tout noter. C’est ainsi qu’il écrit le jour de l’exécution : « Samedi temps clair 6 h 10. Exécuté à Versailles le 25 février 1922 », ce qui donna le nom à l’exposition.

TABLEAU LANDRUDes notes de ce bourreau aux extraits du très médiatique procès de Landru en passant par le témoignage poignant et aveuglément amoureux de sa maitresse attitrée, Fernande Segret, qui, malgré deux tentatives d’empoisonnement est restée fidèle à la mémoire de son criminel d’amant : l’exposition Landru – 6h10 – Temps Clair est une palpitante plongée dans une histoire qui a défrayé la chronique durant les années 20 et qui reste profondément ancrée dans les représentations criminelles en France.

Malgré une enquête acharnée, Landru a emporté dans sa tombe des parties sombres de l’enquête dont certains éléments resteront à jamais sans réponse. Cette exposition livre ici toutes les recherches qui ont permis de mener à bien l’enquête, l’arrestation et l’exécution de celui qu’on surnomma « le Barbe-Bleue de Gambais ».

Visuel : © Coll. privée / Musée des Lettres et Manuscrits, Paris

 

Infos pratiques

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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