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Le Musée du Quai Branly revient sur 1000 ans d’art des « Indiens des Plaines »

Le Musée du Quai Branly revient sur 1000 ans d’art des « Indiens des Plaines »

08 avril 2014 | PAR Yaël Hirsch

Du 8 avril au 20 juillet, le Musée du Quai Branly ouvre ses portes à l’art des Indiens des plaines qui vont du Texas au Montana. Joliment scénographiée cette exposition qui commence par l’art contemporain pour revenir aux temps d’avant l’arrivée des européens et terminer sur le 19ème siècle des guerres amérindiennes. Toute la Culture a eu la chance de parcourir l’exposition, guidée par le conservateur, Gaylord Torrence.

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indiens de splaines - quai branlyDeux immenses tipis actuels accueillent le visiteur au rez-de chaussée du Musée du Quai Branly pour le convier à un circuit dans l’art des « Indiens des Plaines ». Après une mise au point sur cartes et des précisions sur les noms des tribus, versions américaine et amérindienne (par exemple les Sioux regroupent en fait les daota, lakota, et nakotas), on entre dans l’exposition par l’art des Indiens des plaindes depuis 1965. Enfilage de perles, patchwork et utilisation des plumes et de motifs traditionnels comme l’étoile sont transmués en parures et objets d’art contemporains. L’exposition met l’accent sur la diversité des médias que maîtrisent les artistes amérindiens contemporains.

On remonte ensuite un peu le temps pour arriver à l’art moderne (1910-1965) tout en apprenant qu’en fait, depuis 1917, les indiens des plaines décimés par les maladies et les guerres au 19ème siècle sont en pleine croissance démographique. Depuis 1934, leurs rites et leur art sont protégés. Les références aux insignes de l’église amérindienne, syncrétisme créé en 1918, sont nombreuses. Dans les artistes « modern », l’oeuvre de l’historien Thomas Stone Man décrit un épisode fameux pour les : l’Arrestation et la mort de Sitting Bull (1920), qui est assassiné en 1890 avec son fils et son frère. Plus proche de nos canons européens et flirtant avec l’abstraction  » L’Appel du Wakan Tanka  » de Oscar Howe est un magnifique dessin.

Remontant encore un peu le fil des temps, on plonge dans la période qui précède l’arrivée des Européens, avec notamment une pipe à effigie humaine datant d’il y a 2000 ans, montrant que la danse du soleil existait déjà et que le tabac avait déjà un usage sacré.

On arrive enfin dans le grand espace de l’exposition, où l’on parcourt les 18 et 19èmes siècles. Avec à la fois beaucoup d’enthousiasme et une foule de questions. En effet, certaines pièces, réunies de grandes institutions du monde entier, sont de pures merveilles. Et il est important de noter que bon nombre d’entre-elles viennent des collections du Musée du Quai Branly même, puisque missionnaires et voyageurs français, qui ont ramené ces pièces en France avec eux quand Napoléon tenait le territoire que la France occupait aux Etats-Unis (dont la Louisiane mais aussi les territoires où vivaient bon nombre de tribus à l’Ouest du Mississippi). Les robes exposées au fond de la pièce et notamment les Robes de guerriers racontant toutes les batailles qu’ils ont menées, sont absolument facsinantes. Et certaines coiffes anciennes, boucliers et porte-bébés lient pour le visiteur le mythe avec l’art, et la vie quotidienne des indiens. Mais le va-et-vient entre ces trésors et l’Histoire des indiens des plaines au 19ème siècle est floue et difficile à suivre. Sur les cartels, on nous parle de l’épopée de Lewis et Clark, qui ont traversé le continent en 1804 pour aller à la rencontre des diverses tribus; on nous parle aussi de l’arrivée du cheval et des armes, avec les européens, qui transforment le mode de vie des indiens, leur permet de chasser le bison, d’être vraiment nomades… L’idée que transmet ce grand espace est que l’identité indienne et le giron de l’art moderne et contemporain naît au 19 siècle et que des spectacles comme « Buffalo Bill » ouvrent la voie vers ce que le conservateur appelle « le retour des indiens ».

Mais des épidémies et des maladies qui ont décimé la population (passée de près de 10 millions avant l’invasion européenne à 250 000 à la fin du 19ème siècle), on ne nous dit rien puisque la période 1492-1700 n’a pas d’espace réservé. Et des « guerres amérindiennes » (30 000 morts pour les indiens au 19ème siècle) on ne voit que la trace, avec les insignes de danses protestataires des esprits qu’il faut savoir déchiffrer sur les oeuvre. L’exposition ne mentionne pas l’Indian Appropriations Act de 1851, qui lance le mouvement de déportation des indiens vers des réserves. Si bien qu’on voit les traces de l’héroïsme des résistants tel que les artistes et artisans indiens ont pu le traiter, mais qu’on a bien du mal à placer les objets qui en parlent dans leur contexte historique.

Très riche, donnant à voir des pièces magnifiques et appelées à être montrées au Musée Nelson-Atkins de Kansas City et au Metropolitan Museum de New-York, l’exposition Indiens des plaines se concentre sur l’art qu’elle met parfaitement en valeur, mais proche parfois à donner les clés historiques qui permettraient d’approcher les messages que les œuvres présentées portent avec elles.

Libre d’accès et très riche, le programme cinématographique de Westerns confié au critique Michel Ciment devrait nous permettre non seulement de voir et revoir des chefs d’œuvre mais aussi de mettre en perspective tous les clichés que le cinéma américain nous a communiqués sur les « Peaux-Rouges ».

Infos pratiques

Festival Petits et Grands
Espace B
Marie Boëda

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