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Le Lieu Unique accueille les architectures de l’avenir

Le Lieu Unique accueille les architectures de l’avenir

30 mars 2017 | PAR Maïlys Celeux-Lanval

« Ce qui est important, ce n’est pas de construire une ville, mais de construire des hommes nouveaux » déclare l’architecture Roger Anger dans l’un des documentaires diffusés au Lieu Unique à Nantes. Accueillant, dans le cadre du 40ème anniversaire du Centre Pompidou, l’exposition Mégastructures. Dimensionner l’avenir, les figures de la démesure du 30 mars au 21 mai 2017, le musée s’ouvre aux grandes architectures utopistes (à travers des maquettes, dessins et livres) qui recouvrent 60 ans d’architecture. On étudie avec une certaine part d’amusement des projets complètement farfelus, comme la Ville Lunaire de Paul Maymont ou la Ville oblique en forme de grandes oreilles de Claude Parent ; mais dans tous ces projets, une urgence se détache : celle de faire face à un avenir particulièrement exigeant.

Et si l’architecture de demain, ce n’était pas les luxueuses tours du désert d’Abou Dhabi mais bel et bien les habitations pensées expressément pour les migrations ? On peut penser que face à la crise écologique et à la masse toujours croissante des habitants de la Terre, on a bien peu besoin de luxe, mais absolument besoin d’idées ! C’est en tout cas ce qu’inspire la vaste exposition gratuite du Lieu Unique, résolument tournée vers les solutions proposées durant les dernières décennies par les architectes les plus ambitieux du monde occidental.

Ici, l’avenir ne s’envisage que sous un angle gigantesque, à la manière du Centre Pompidou lui-même, dont la maquette ouvre le bal et signe son clin d’œil anniversaire : elle montre le monstre au cœur de la ville, dialoguant avec ses axes de communication et prenant place sur une piazza délicatement inclinée, qui incite la foule à glisser vers ses différents équipements. Ici, le bâtiment travaille avec et pour les hommes, il prend en compte la vitesse toujours plus vertigineuse de leurs échanges et semble, à l’instar de toutes les autres propositions de l’exposition (avortées pour la plupart), être une architecture-monde… « Notre métier c’est de construire les changements du monde » indique d’ailleurs Renzo Piano, concepteur du Centre Pompidou. Autrement dit, c’est « faire face au cauchemar du monde » : ce mot de Michel Ragon témoigne de ce tout nouveau travail des architectes, qui ne se plient plus aux exigences de la propriété individuelle (trop démagogique et inadaptée) mais bel et bien aux nouveaux enjeux de la masse.

Pour penser collectif, il faut donc penser grand, et c’est là que les architectes s’amusent. Une grande poésie se dégage de cette générosité imposée : la Ville Cratère de Chanéac, le projet de Ville Oblique Les Vagues et Les Grands Oreilles de Claude Parent, l’Auroville de Roger Anger (réalisée), les Tours Capsules de Kisho Kurokawa… Ces noms lunaires, cosmiques ou organiques donnent le ton d’une inspiration tirée de l’infiniment grand ou de l’infiniment petit : de la surface de la lune aux plus minuscules cellules, les formes de l’architecture se défont de l’échelle classique et pensent une esthétique renouvelée, qui rappelle certaines recherches d’Odilon Redon ou de Wassily Kandinsky, admirateurs des livres de biologie. Souvent même, les architectures défient la gravité, comme si tout pouvait être réinventé. Et c’est finalement un peu le cas, puisque tout doit être réinventé ! Car l’idée, encore une fois, est moins de construire une architecture que de penser un nouveau système, universel, où les hommes pourront faire face aux enjeux toujours plus exigeants du monde et vivre en harmonie avec la technique. Le cinéaste Jacques Tati aurait sûrement frémi, lui qui a livré une critique si piquante des absurdités de la technologie face au bien-être de la vieille France dans Mon Oncle ; et pourtant, on suppose qu’il aurait pu être charmé par les idées profondément humanistes qui motivent certaines constructions (qui restent certes légèrement inquiétantes du point de vue de l’habitat individuel !).

Alors bien sûr, l’utopie habite cette grande exposition, dont la scénographie est à l’image ce besoin d’invention : formée de panneaux en épis, sans mur et sans siège, elle incite le spectateur à se balader absolument librement et à regarder les maquettes, dessins et documentaires, sans qu’aucun ordre ne soit réellement respecté. Il puise par-ci par-là des idées d’avenir, qui mettent petit à petit en valeur une évidence : demain, l’homme ne sera plus propriétaire mais simplement usager. Et cette obligation ressemble finalement à une libération… Vivement demain !

Visuel : DR

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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