Expos

« La décennie radicale » d’André Derain : Du fauvisme à la Nouvelle Objectivité, pas à pas, au Centre Pompidou

« La décennie radicale » d’André Derain : Du fauvisme à la Nouvelle Objectivité, pas à pas, au Centre Pompidou

06 octobre 2017 | PAR Yaël Hirsch

Alors qu’il n’y avait pas eu de grande rétrospective dédiée à André Derain depuis 1994 à Paris et qu’il partage l’affiche jusqu’au 29 octobre avec Balthus et Giacometti au Musée d’Art Moderne, le Centre Pompidou expose plus de 70 toiles du maître dans une exposition qui se concentre sur sa « décennie radicale » (1904-1914), celle où il a été fauve avec Matisse et Vlaminck, cubiste avec Picasso et Braque et où il est revenu vers un réalisme magique assez proche de la Nouvelle Objectivité Allemande.

On laisse de côté les 40 (!) dernières années de vie de l’artiste, avec l’Entre-deux-Guerres entre décors de théâtre et illustrations et la collaboration de la Seconde Guerre. Et l’on découvre sans jamais vraiment percer son mystère un génial touche-à-tout, qui n’a pas seulement suivi les courants et les médias de son temps mais les a embrassés et sublimés. A voir en galerie 2, jusqu’au 28 janvier 2018.
[rating=3]

C’est sur une copie d’une descente de croix que s’ouvre cette « décennie radicale » de Derain, comme une invitation à réfléchir sur le lien l’art du copiste et celui du démiurge d’avant-garde. Génial touche-à-tout, André Derain est avant tout un maître de la couleur en peinture, où il est l’un des chefs de file du fauvisme aux côtés de Vlaminck et Matisse (Bateaux de Collioure en 1906 où même le voyage sur les traces de Monet à Londres la même année) qu’il suit à Collioure, un membre éminent du cubisme qu’il pratique avec Braque à l’Estaque (la série des Baigneuses de 1907-1908) et très inspiré d’un primitivisme à la Douanier Rousseau (La chasse, 1938-44). Lui-même prend assez tôt (1919, selon Cocteau) le chemin du retour à un réalisme habité. La Danse (1906) qui fait l’affiche de l’exposition résume un peu tous ces aspects.

Avec des toiles rares (venues du collections particulières, du MOma, du Musée des Beaux-Arts Pouchkine de Moscou…), des pièces inédites (films tournés avec et pour Jean Renoir, photos à partir desquelles Derain travaillait, sculptures maories et africaines qu’il a connues et illustrations du Saint-Martorel de Max Jacob ou de l’Enchanteur pourrissant de Apollinaire), l’exposition permet de suivre la trajectoire d’un homme qui a connu tout le monde et tous les courants créatifs de son temps. Pour les embrasser, les magnifier, mais également rester dans l’Histoire de l’Art comme précurseur ?

En suivant comment il se rend maître du cinemascope ou de la gravure, combien son cubisme et son réalisme sont déjà imbibés d’influences parfois plus allemandes expressionnistes /neue Sachlichkeit que françaises fauves / cubistes, l’on se dit qu’entendre et voi rla deuxième moitié de sa vie, de son Histoire et de son oeuvre permettraient de mieux démêler le créateur du copiste…

visuels:
01. La Danse, 1906, Huile sur toile, 185 x 228 cm, Collection particulière © Adagp, Paris 2017
02. Bateaux dans le port de Collioure, 1905, Huile sur toile, 72 x 91 cm, Collection Fondation Merzbacher © Adagp, Paris 2017
03. Trois personnages assis dans l’herbe, 1906, Huile sur toile, 38 x 55cm, MAMVP, legs Girardin 1953 © Adagp, Paris 2017
04. 20. La Chasse (L’Âge d’or, le paradis terrestre), 1938 – 1944, Huile sur papier marouflé sur toile, 274 x 479 cm, MNAM/Centre Pompidou, Paris., Don de Alice Derain et Aimé Maeght en 1962,, en dépôt au Musée de l’Orangerie, Paris © Adagp, Paris 2017

Haïti, les nouveaux Outsiders à la galerie Claire Corcia
Synesthésie, Pop culture et vent de génie avec Harmony Korine au Centre Pompidou
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : yael@toutelaculture.com

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *