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Jacques Demy à la Cinémathèque, du bonheur à croquer

Jacques Demy à la Cinémathèque, du bonheur à croquer

08 avril 2013 | PAR Elodie Rustant

Jacques Demy fait immanquablement partie de ces réalisateurs que l’on voudrait voir exposé à la Cinémathèque. Son univers euphorisant aux couleurs délicieusement pop et où chacun pousse la chansonnette se prêtait à merveille à un accrochage farfelu.

C’est chose faite avec cette exposition mêlant photographies, costumes, extraits de films, dessins et scénographie réjouissante. 700m2 sont déployés pour plonger le spectateur au plus près de l’univers du cinéaste faussement naïf.

On connait la passion de Demy pour les fééries filmiques de Vincente Minnelli, son attrait pour l’imaginaire enfantin – dès 4 ans il créait des scénettes sur un petit théâtre de marionnettes – mais ce serait une erreur de réduire son cinéma à une sympathique avalanche de couleurs pastels.

L’exposition le démontre bien en séparant spatialement volontairement le duo Parapluies de Cherbourg (1964)-Demoiselles de Rochefort (1967),du déjanté Peau d’âne (ses trois films les plus connus du grand public) et en consacrant une part importante à sa période années 80.

Les Parapluies de Cherbourg est peut-être le film symbolisant le mieux cette légèreté feinte dans le cinéma de Demy. Pour lui, il s’agissait avant tout d’un film pour dire non. Non à la guerre et aux tragédies qu’elle implique : séparation, abandon, oubli. Les couleurs bonbons du magasin de parapluies ne peuvent masquer la cruauté égoïste de Mme Emery, et le brushing doré de Geneviève, la passivité avec laquelle elle acceptera son destin.

Le rapport poétique de Demy au réel ressort au travers des dessins exposés et des éléments de décors. Les scénographes Nicolas Groult et Nicolas Roca ont reconstitués une rue des Demoiselles de Rochefort dans laquelle on esquisserait presque un pas de danse. Demy jugeant la ville trop terne pour son film avait fait repeindre les murs, balcons, trottoirs et portes, et métamorphosé Rochefort en une véritable cité féérique, une sorte de West Side Story drapé de rose et jaune.

Les excentriques robes de princesse de Catherine Deneuve font face à de délicates gravures de Gustave Doré, ainsi qu’à une désopilante photographie de Jacques Perrin, vautré dans le trône princier, collants étincelants et clope au bec.

Un shoot de bonheur pur !

Visuel (c) : affiche de l’exposition

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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