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Invitation au voyage mythique de la découverte d’Angkor au Musée Guimet

Invitation au voyage mythique de la découverte d’Angkor au Musée Guimet

05 novembre 2013 | PAR Sonia Hamdi

 

«Là, tout n’est qu’Ordre et Beauté, Luxe, Calme, et Volupté». Ces mots, empruntés au poème baudelérien Invitation au voyage, sont ceux qui décrivent le mieux l’impression ressentie à la découverte des œuvres choisies pour l’exposition «Angkor:naissance d’un mythe». Le Musée national des arts asiatiques-Guimet, la présente du 16 octobre 2013 au 13 janvier 2014.

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C’est autour des différentes facettes de la personnalité emblématique de Louis Delaporte (1842-1925) qu’est construite l’exposition: Le voyage commence par son coup de foudre pour l’art khmer sur les rives du Mékong. Cette révélation fait de cet explorateur -qui endosse ensuite un rôle important de conservateur de musée-, le ‘premier mécène’ des beautés artistiques d’Angkor. Cet engouement pour la civilisation du Cambodge ancien le pousse à avoir une approche scientifique différente des érudits orientalistes faisant de lui un original. L’exposition permet également de comprendre l’apport important de son approche décentrée et pointue aux études khmères.

La bouleversante découverte des merveilles d’Angkor

La première pièce de l’exposition nous plonge dans l’univers personnel de Louis Delaporte: un uniforme, un portrait, des photos de famille, des mémoires. Il faut comprendre l’homme pour saisir la force que revêt l’exposition: l’art khmer s’est d’abord fait connaître sous l’impulsion de sa volonté. Né le 12 janvier 1842, en Touraine, cet homme issu d’un milieu conservateur révèle assez tôt un vif intérêt pour les horizons lointains en entrant à l’école Navale de Brest. Diplômé il devient officier de la Marine française et participe en 1866 à une mission scientifique d’exploration du Mékong. C’est alors que Louis Delaporte fait une rencontre fortuite qui va bouleverser sa vie: non pas celle d’une femme, mais celle du site d’Angkor: «la vue de ces ruines étranges me frappa d’un vif étonnement: je n’admirais pas moins la conception hardie et grandiose de ces monuments que l’harmonie parfaite de toutes leurs parties». C’est cette beauté remarquable qui transparaît des œuvres choisies pour l’exposition.

En 1881, après quelques autres voyages qui fructifient sa découverte et nourrissent ses ambitions, il tombe gravement malade. A partir de là, toute son ambition réside dans le fait de donner à l’art khmer une légitimité aussi importante que celle qui consacre les arts des civilisations antiques égyptiennes, grecques et romaines.

Louis Delaporte, scientifique et ‘premier mécène’ de l’art khmer

Cette révélation de Louis Delaporte pour l’art d’Angkor l’amène, au retour de son premier voyage, à entrer en contact avec le Ministre français de l’instruction publique et des Beaux-arts. Il veut enrichir culturellement la France des «richesses asiatiques dont il n’existe aucun spécimen en Europe». Il se veut garant d’un patrimoine qu’il pense être en péril. En 1873, avec l’appui du roi du Cambodge, il entreprend de collecter des décors architecturaux mais également des données documentaires: plusieurs dessins, photographies, moulages exposés sont les témoins de cette volonté féroce de faire connaître les merveilles de cette civilisation du Cambodge ancien. Ces petits trésors prennent place aux côtés des luxuriantes collections du Louvre. Mais grâce à la persévérance de Louis Delaporte, ils seront exposés en 1874 dans un espace au château de Compiègne et plus tard, en 1890 au Palais du Trocadéro. Malgré son enthousiasme, les expositions au château de Compiègne sont un échec, puisqu’elles sont peu populaires et tombent vite dans l’oubli.

Son ardeur passionnée l’amène sans découragement à participer à l’exposition universelle de Paris en 1878, puis en 1900 ainsi que celle de Marseille en 1922. Plusieurs photos en retracent le parcours lors de la visite nous plongeant au cœur de ces évènements qui feront basculer favorablement la bataille de Louis Delaporte pour la reconnaissance de l’art khmer: le succès est enfin au rendez-vous, et de là, tout s’enchaîne. Ce qui fut une exposition temporaire dans une des ailes du Palais du Trocadéro devient le ‘Musée indochinois du Trocadéro’. Il en fut le conservateur bénévole jusqu’à ce qu’il s’éteigne en 1925.

Son rêve lui a néanmoins survécu, ainsi que ses nombreuses études dont l’apport scientifique, bien qu’original, reste influent dans la société occidentale. L’obstiné Louis Delaporte est en marge du ‘cénacle érudit de l’Orientalisme français’. Au lieu de se pencher sur des analyses de texte concernant la civilisation khmère- et, de ce fait, leurs fonctions critiques-, il préfère décentrer son regard en choisissant l’observation directe. Son avidité à comprendre cette culture de manière approfondie nourrit de longues études, dont les plus connues sont celles concernant les ensembles urbains et religieux d’Angkor: toute la fin de la visite leur est consacrée.

L’exposition rend hommage à un être dont le courage, la volonté et la passion nous permettent aujourd’hui de voyager au cœur des merveilles du Cambodge. Ce sont décidément les mots de l’illustre Baudelaire qui siéent le mieux à cette magnifique exposition: «Les riches plafonds,/Les miroirs profonds,/La splendeur orientale,/Tout y parlerait/À l’âme en secret/Sa douce langue natale»

Visuels © Sonia Hamdi

1) Buddha protégé par le naga
2) Portrait présumé de Jayavarman VII
6) Fragment de la reconstitution d’un porche de la tour centrale d’Angkor Vat
7) Projet de montage de la « chaussée des géants » du Preah Khan d’Angkor
8) Moulage du passage central des « entrées occidentales » d’Angkor Vat (mission Louis Delaporte, 1881, 1882)
9) De gauche à droite: tête de Shiva; tête de Vishnu; tête de Brahma
en dernier) Portrait de Louis Delaporte

Infos pratiques

La Gaîté Lyrique
Les Trois Baudets
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

2 thoughts on “Invitation au voyage mythique de la découverte d’Angkor au Musée Guimet”

Commentaire(s)

  • Le mot « exhibition » employé dans l’article est un anglicisme. C’est le mot « exposition » qui est compréhensible en français. Merci ;-)

    janvier 4, 2014 at 2 h 50 min

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