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Gaîté Lyrique : Say watt ?… Say what ???

Gaîté Lyrique : Say watt ?… Say what ???

26 juillet 2013 | PAR Franck Jacquet

Jusqu’au 25 août prochain, La Gaîté Lyrique propose à ses visiteurs un programme consacré au sound system comme objet et courant musical. La pièce phare de cette saison est une exposition marquée notamment par quelques projections et installations salutaires. Pour le reste, les non connaisseurs resteront à l’écart d’une famille musicale par essence métisse et marquée par sa diversité, le propos n’étant pas toujours inclusif.

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Plongée dans les sound systems depuis Kingston jusqu’à Notting Hill
Le sound system est par définition une installation sonore destinée à la musique de rue ou dans des espaces sans équipement. Aujourd’hui, ils renaissent avec les free parties et en Europe notamment dans la queue de comète de ce que fut la scène berlinoise… Pourtant ces installations sont issues de la culture musicale afro et particulièrement jamaïcaine dès la fin de la première moitié du XXe siècle. Le sound system traverse depuis les courants musicaux comme les continents.
L’exposition prend le parti de montrer comment cet objet, installé de bric et de broc sur des vélos, des remorques ou embarqué sur des camions, a pu coloniser les espaces publics. On pourrait se demander plutôt comment il a échoué à cette tâche dans la plupart des pays, car c’est bien le constat qui s’impose aujourd’hui à peu près partout, qu’on le déplore ou non. Surtout, la réflexion sur l’espace public et la place qu’y tient la musique non « organisée » par l’autorité n’est pas vraiment le but de l’exposition. C’est bien l’objet qui est mis en avant : sono, équipement deejay – dj, platine, vinyles aux pochettes mythiques… L’entrée de l’exposition est un long couloir de reproductions d’affiches de soirées dont le cœur était le sound system. Le concert ne correspond pas à ce qu’on y entend la plupart du temps : un programmateur, le beatmaker, et un toaster animant au micro forment le duo indispensable. Le deejay n’arrive qu’ensuite avant de prendre la place que l’on sait. Il faut bien comprendre, comme le rappelle l’exposition, que ce phénomène ne correspond pas à une expression figée mais qu’elle s’incarne différemment selon qu’on se trouve dans la proximité immédiate de la Cornell University, à Détroit plus tardivement, à Kingston, Londres ou en Afrique de l’Est. Le point de départ commun n’en est pas moins le fait que la sonorisation massive soit centrale au groupe, sans oublier la référence au reggae classique agonisant des années 1970 – 1980.

La nostalgie comme colonne vertébrale ?
C’est peut-être pour cette raison que l’exposition ne semble prendre une unité que par la nostalgie qu’elle dégage. En effet, le propos n’est ni historique, ni thématique. Les enceintes et platines elles-mêmes ne sont pas systématiquement présentes. On ne voit qu’en filigrane les évolutions techniques (la place du CD est d’ailleurs totalement oubliée bien que son rôle funeste est connu, mais réel). Les courants évoqués et les lieux sont d’une telle diversité qu’on s’y perd un peu. Les affiches de la première partie font oublier à certains la projection d’un film sur les lieux et les pratiques du sound system sur les différents continents. La seconde partie donne plus de place à l’objet, on perçoit mieux les origines jamaïcaines. Les deejays historiques, inconnus pour la plupart aujourd’hui, émergent grâce à quelques photographies. Les vinyles cultes de Limonious clôturent cette partie. En quinconce, la salle d’immersion, point fort principal du parcours : le film court dans lequel on entre comme dans une soirée fantôme. Le son sature (mais pas trop !), les flics débarquent, il faut partir même si le toaster continue de chanter la résistance du lion jamaïcain et d’en appeler à la résistance d’un Hailé Sélassié. Trouvaille ludique bien qu’anecdotique un peu plus loin, l’igloo composé de sound systems. Un projecteur à la trajectoire aléatoire tourne, inquiète et fait craindre des installations pour systèmes totalitaires. Les dernières images sont celles, fixes et muettes de mise en vibrations de structures métalliques par Art of Failure. Là aussi, le frisson nous gagne, on oublie le joyeux bordel de Kingston ou du Bronx.
Que retient-on du parcours sinon que les rêves de résistance et de refus de chemin tout tracé s’empruntent désormais par des sonorisations froides et revenues à des lieux clos ? La nostalgie et le regret s’imposent donc alors qu’on ne sait plus bien quel statut on doit accorder aux enceintes : objet, support, moyen ou prétexte… Le propos, très référencé, ne permet pas toujours de situer les artistes phares les uns par rapport aux autres.

Une programmation d’été très riche
Bien qu’entamée, la saison s’articulant autour de l’exposition offre encore plusieurs activités pour l’été, ateliers comme rencontres. Ces derniers permettent d’expliquer les aspects techniques que l’exposition tait et donnent une chance de comprendre comment se différencient et / ou s’enchaînent : dubstep, reggae, block parties, street music, hip hop ou encore dancehall… Le concert de Flume, tête d’affiche d’une nouvelle dubstep hip hop synthétique fut un vrai succès et a confirmé l’aura de l’australien. On encouragera une fois de plus les visiteurs à se rendre dans les espaces bibliothèque et boutique où les documents (audio, vidéo et numérique) permettent de vraiment approfondir l’exposition.

Au total, l’exposition est méritoire mais aussi déroutante. On conseillera de la prolonger par la somme de Chuck Foster, Roots Rock Reggae : The Oral History of Reggae Music from Ska to Dancehall. Ou même de le feuilleter en amont de l’exposition pour pouvoir pleinement comprendre la qualité de ses références.

Important : programme des manifestations et concerts disponible en ligne.

Infos pratiques

Silencio
Musée Guimet
Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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