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« Frida Kahlo, Diego Rivera : l’art en fusion » au musée de l’Orangerie

« Frida Kahlo, Diego Rivera : l’art en fusion » au musée de l’Orangerie

09 octobre 2013 | PAR Yaël Hirsch

Alors que cela fait plus de 25 ans en France qu’on a pas vu de grande exposition des œuvres de l’icône Frida Kahlo, et qu’en 2005 il fallait aller jusqu’à la TATE Gallery de Londres pour voir ses peintures, l’exposition de l’Orangerie décide d’évoquer pleinement les deux têtes du mythe de l’art mexicain du 20e siècle : Diego le muraliste et Frida la peintre du détail sont présentés comme couple dans la vie et dans un art qui est « en fusion ». Un grand événement, parfaitement pensé, riche des collections du Museo Dolores Olmedo et présenté selon une scénographie brillante signée Hubert Le Gall.

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20 ans séparent L’éléphant et la colombe, aussi est-il logique de commencer par un joli solo de Diego en formation à Paris, mais qui glisse le temps d’un Paysage zapatiste (1915) un brin de ses origines dans son cubisme synthétique. Le temps d’une rixe avec Reverdy, d’un voyage classique en Italie pour les couleurs et l’apprentissage du subtil art de la fresque, et le voici déjà en place, là où il doit être : à l’œuvre pour recouvrir les murs les plus imposants de la capitale de fresque racontant l’histoire du pays, sans oublier les indiens et les ouvriers. C’est une commande du ministre de l’Éducation José Vasconcelos pour l’amphithéâtre Bolivar de l’École nationale préparatoire qui lui permet de rencontrer Frida Kahlo alors étudiante.

Dans une niche jaune pastel aux cactus dressés, l’exposition permet de découvrir l’intimité d’un couple qui s’est marié deux fois et qui n’a pas pu vivre ni créer l’un sans l’autre, malgré la santé fragile de Frida et leurs douloureuses infidélités. Lettres, portraits (de la géniale Gisèle Freund ou encore plus volontiers d’amants comme le photographe Nickolas Muray) et vidéos (l’arrivée de Trotski) évoquent près de 20 ans de passion dans la « maison bleue » que le couple habitait à Mexico.

Sorti de l’alcôve, le public est fin prêt à entrer dans la partie « fusion de l’Art ». Cette dernière grande salle est magistralement pensée, car elle parvient à montrer les résonances entre les œuvres gigantesques de Diego Rivera et les peintures devenues mythiques de sa compagne. On a ainsi accès à une reproduction du fragment de la fresque de 1600 m² que Diego a peinte pour le ministère de l’Éducation publique du Mexique, où Frida est représentée en train de distribuer des armes. De son côté, on voit bien que la douleur de Frida tient à sa condition physique mais aussi à sa relation avec Diego, et si sa technique est explicitée aux côtés de celle de Diego dans une série de natures mortes proches des œuvres de son époux, c’est au cœur de la salle des fresques que ses plus grandes peintures sont exposées et expliquées : Hôpital Henry Ford (1932), le sanglant Quelques petits coups de pique (1935) sur son couple, ou La colonne brisée (1944). La technique d’agrandissement et de travail de la fresque de Diego est expliquée, le caractère inclassable et aussi la transformation de Frida Kahlo en icône pop sont analysés. Et surtout, ce que ces deux artistes avaient en commun : l’intérêt pour l’histoire de leur pays, les idéaux qui nourrissent leur art sont bien montrés, les amitiés, et les collectionneurs comme María de los Dolores Olmedo sont évoqués sans amalgame ou comparaison forcée.

Réflexion sur un couple passionnel et l’art extraordinaire qu’ils ont partagé, non sans heurts, mais en égaux, laisse songeur et ouvre la question de savoir si aucun autre couple d’artiste a réussi cette gageure qu’aucun des deux ne sacrifie son art à celui de l’autre. Et bien sûr, il y a ce plaisir infini de voir joliment et naturellement présentés des chefs d’œuvres que l’on voit si rarement en France. L’exposition est donc magistrale, à tous points de vue.

Visuels :

Frida Kahlo, La Columna Rota, 1944 © 2013 Banco de México Diego Rivera Frida Kahlo Museums Trust, Mexico, D.F. / ADAGP, Paris
Frida Kahlo, El Camión, 1929 © 2013 Banco de México Diego Rivera Frida Kahlo Museums Trust, Mexico, D.F. / ADAGP, Paris
Diego Rivera, La Canoa Enflorada, 1931© 2013 Banco de México Diego Rivera Frida Kahlo Museums Trust, Mexico, D.F. / ADAGP, Paris
Frida Kahlo, Mi Nana y Yo, 1937 © 2013 Banco de México Diego Rivera Frida Kahlo Museums Trust, Mexico, D.F. / ADAGP, Paris

Infos pratiques

Galerie Couillaud Koulinsky
Tourcoing Jazz Festival
Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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