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Farid Sbay nous parle du Casabianca au Château des Ducs de Bourbons

Farid Sbay nous parle du Casabianca au Château des Ducs de Bourbons

29 juillet 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

L’exposition « Ligne d’horizon : Casabianca… Mal-Coiffée 1939-2019 » est à voir jusqu’au 31 octobre au château des ducs de Bourbon (Moulins). Farid Sbay est commissaire de l’exposition, animateur du patrimoine de la Mal-Coiffée et officier communication du SNA Casabianca. Il a accepté de répondre à nos questions.

Qu’est ce que la Mal-Coiffée ? Quelle est aujourd’hui sa fonction ?

La Mal-Coiffée c’est l’ancien donjon du château des ducs de Bourbon. Moulins s’est bâtie autour de son château et de son donjon. La Mal Coiffée est l’âme de notre ville, le témoin en grès rose de Coulandon de plus de 600 ans d’histoire, elle a tout vu, tout vécu. C’est un bâtiment historique avec une âme, celle des Moulinois et des Bourbonnais. Elle a rayonné avec eux du temps des ducs de Bourbon, lorsque Moulins était la capitale d’un riche et important duché, et même la capitale du royaume sous Anne de France, et elle a souffert avec eux lorsque c’était une prison sous l’Occupation. C’est un concentré de l’histoire de Moulins et du Bourbonnais en un seul bâtiment. Dans la Mal-Coiffée, il n’y a pas de blabla ou de tape-à-l’œil avec des meubles, bibelots ou autres dorures pour attirer le badaud. Le château ducal est le témoin de plus de 600 ans d’histoire, ses murs transpirent de multiples récits sur différentes périodes, tous les visiteurs ressortent touchés, qu’ils soient Bourbonnais ou étrangers, elle ne laisse personne indifférent. La Mal-Coiffée a connu ce que l’homme peut faire de meilleur du temps du faste des ducs de Bourbon lorsqu’elle était le fier donjon de leur immense palais ducal. Mais elle a aussi connu ce que l’homme peut faire de pire, avec ses 200 années de prison et surtout lorsqu’elle était la lugubre et sombre prison militaire allemande sous le joug de la Gestapo et de la Milice durant la Seconde Guerre mondiale. Depuis 1986, elle est la propriété du Département de l’Allier, et c’est en 1999 que le président de l’époque Jean-Claude Mairal l’ouvre au public pour la première fois. Elle reste ouverte lors des saisons estivales jusqu’en 2001, puis de 2013 à aujourd’hui.

Est-ce que des expositions s’y tiennent généralement ?

Oui des modestes expositions temporaires permettant d’agrémenter les visites guidées de l’été, mais c’est la première fois cette année qu’il y a une exposition avec une muséographie et surtout des œuvres au sein de la Mal-Coiffée. Et c’était important pour nous de mettre en valeur le devoir de mémoire pour les vingt ans de l’ouverture de la Mal-Coiffée en consacrant une belle exposition sur la Seconde Guerre mondiale.

 Quel rapport entre un prestigieux sous-marin de la Marine nationale et le donjon du château des ducs de Bourbon ? Pourquoi à Moulins en plein centre de la France ?

L’actuel sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) Casabianca est parrainé par la Ville de Moulins depuis 1992. Un parrainage qui n’est pas dû au hasard, car malgré la distance entre la mer et la ville préfecture de l’Allier, un véritable lien rassemble Moulins et son sous-marin que vous allez découvrir avec cette exposition exceptionnelle pour fêter les 20 ans de l’ouverture au public de la Mal-Coiffée. Le Casabianca, sous-marin de la Marine nationale est reconnu pour ses multiples exploits durant la Seconde Guerre mondiale. Au même moment, Moulins est coupée en deux par la ligne de Démarcation, et la Mal-Coiffée devient la prison militaire allemande de la Gestapo. Deux bâtiments aux vocations distinctes mais avec la même ligne d’horizon pour Maurice Tinland et Alphonse Rodier, résistants enfermés et torturés dans les mitards de la Mal-Coiffée, tout comme pour les commandants Sacaze et L’Herminier du haut du massif du sous-marin Casabianca, celle du courage, du refus d’abandonner la lutte pour libérer la France et la volonté de résister à la barbarie nazie. Pour la première fois, le patrimoine matériel du sous-marin Casabianca de la Seconde Guerre mondiale est rassemblé et présenté au public, à la Mal-Coiffée donjon du château des ducs de Bourbon au cœur de la ville de Moulins sa ville marraine, et haut lieu de mémoire du Département de l’Allier. Un devoir de mémoire essentiel aujourd’hui pour les jeunes générations, pour ne pas oublier ce que nos glorieux aînés ont subi et réalisé pour que nous puissions aujourd’hui vivre en paix, mais surtout pour éviter que demain l’histoire ne se répète. Ne jamais oublier pour mieux avancer, tel est le but de cette exposition.

Quel sont les œuvres présentées lors de cette exposition ?

Pour la première fois, le patrimoine du Casabianca de 1.500 tonnes est visible du public. La Marine nationale via l’Escadrille des sous-marins nucléaires d’attaque (ESNA) et le sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) Casabianca nous ont prêté tout ce qu’ils possèdent de cet héroïque sous-marin de la Seconde Guerre mondiale, et qui n’étaient visibles que par les militaires à Toulon : fanion, flamme de guerre, jolly-roger, photos, films, affaires personnelles du commandant L’Herminier, tapes de bouche, toile de pudeur, uniformes, etc. Et nous avons rassemblé aussi d’autres œuvres éparpillées partout en France : la cloche qui est appartient aujourd’hui à la Collectivité de Corse, la bouée que possède le Mémorial du Mont-Faron, les affaires personnelles de l’amiral Sacaze prêtées par sa fille et ses petits-enfants, ainsi qu’exceptionnellement la cloche et la plaque des commandants de l’actuel SNA Casabianca. Durant la saison estivale, des visites thématiques auront lieu avec des sous-mariniers de la Marine nationale et moi-même.

 

L’exposition « Ligne d’horizon : Casabianca… Mal-Coiffée 1939-2019 » est visible jusqu’au 31 octobre au château des ducs de Bourbon, place de la Déportation 03000 Moulins. Plus d’infos sur www.musees.allier.fr ou au 04.70.20.48.47.

Visuel : Autorisation du service presse

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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