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« Des Animaux et des Pharaons » au Louvre Lens : une exposition aussi magique que pédagogique

« Des Animaux et des Pharaons » au Louvre Lens : une exposition aussi magique que pédagogique

12 janvier 2015 | PAR Audrey Chaix

Deux ans après son ouverture au public, le musée du Louvre-Lens peut être fier de son succès : plus d’1,5 millions de visiteurs ont franchi ses portes pour découvrir les œuvres qui y sont exposées. Toujours dans une volonté de proposer au public une programmation exigeante, avec des expositions importantes d’un point de vue scientifique, mais aussi populaires, afin de parler au plus grand nombre sans verser dans une culture élitiste. C’est le pari réussi de cette nouvelle exposition temporaire, Des Animaux et des Pharaons, visible au musée jusqu’au 9 mars 2015. Un joli tour de force, qui en ravira plus d’un.

Le propos de l’exposition, c’est de mieux comprendre la civilisation égyptienne dans son rapport aux animaux, tout en montrant des chefs d’œuvre qui n’avaient, jusque là, jamais quitté le Louvre parisien. Ainsi, un parcours thématique permet de comprendre peu à peu à la complexité de la relation qui unissait les hommes et les animaux, de la simple observation à la glorification des puissants par le biais des animaux. En neuf sections, l’exposition explique et raconte pourquoi les animaux étaient bien plus que des bêtes pour le peuple égyptien.

Le parcours part donc du profane, de la simple observation, puis représentation du règne animal qui entoure les Egyptiens dans la vie quotidienne. Animaux observés et représentés dans leur état naturel, animaux chassés, pêchés et élevés, puis exploités, aussi bien vivants (on utilisait les singes pour aller cueillir des fruits en haut des arbres) que morts ou délestés de leurs plumes et poils, comme matière première pour fabriquer d’autres objets. Enfin, cette première partie montre aussi les animaux adoptés, personnifiés et caricaturaux, pour mettre en avant la relation intime entretenue par les hommes avec le monde animal : les animaux sont souvent utilisés pour caricaturer les humains – ce qui prouve bien que La Fontaine n’a rien inventé !

Très ludique, pleine de jolies couleurs et de pièces ravissantes, cette première partie montre la nature du règne animal dans l’Egypte antique – au bord du Nil, dans les champs ou sur les arbres, pour mettre en valeur un écosystème propre à cette région et à cette période.

Le propos se complexifie dans la deuxième partie, qui montre peu à peu la construction d’un lien entre les hommes et le sacré par l’intermédiaire des animaux, qu’ils ornent les objets funéraires ou aident à représenter les dieux ou les puissants. L’importance des animaux dans cette civilisation est notamment remarquable par leur présence dans l’écriture hiéroglyphique, dont ils représentent 20 % des signes. L’animal est ainsi perçu comme un moyen de s’exprimer, mais aussi d’exprimer des principes abstraits, en particulier tout ce qui a trait au spirituel et au divin.

Si cette seconde partie reste plus complexe à suivre que la première, notamment parce qu’elle nécessite quelques connaissances théoriques et théologiques de l’Egypte antique et de son rapport au divin, la qualité des pièces présentées est indéniables. Plus imposantes, plus solennelles que celles de la première partie, les œuvres sont un régal pour les yeux, tant elles donnent à voir la finesse d’exécution aussi bien que la profondeur de la relation entre les hommes et les animaux tout au long de l’histoire de l’Egypte antique.

L’intérêt de cette exposition, c’est qu’elle peut être vue et comprise à plusieurs niveaux : les néophytes y trouveront l’Egypte antique qu’ils se représentent depuis leurs cours de primaire sur les pharaons, les plus férus d’égyptologie seront eux aussi ravis par la qualité scientifique du discours, tandis que les amateurs d’art se régaleront devant la beauté des pièces exposées. Difficile de ne pas y trouver son compte.

Crédits photos :

Simulacres de vases canopes / détail (N 2952 A, B, C, D)
Bois stuqué et peint. H. de 29 à 32,5 ; l. de 13,6 à 13,8 cm Troisième Période intermédiaire (vers 1069-664 avant J.-C.)
© Musée du Louvre, Dist. RMN-Grand Palais / Christian Decamps

Élément de meuble en forme de tête de lion (E 2558)
Bois de tamaris. H. 8,3 ; L. 16,5 ; l. 9,3 cm
Basse Époque (664-332 avant J.-C.)
© Musée du Louvre, Dist. RMN-Grand Palais / Benjamin Soligny / Raphaël Chipault

Figurine de mère singe avec son petit (AF 10848) Stéatite émaillée. H. 6 ; l. 1,8 ; pr. 3,7 cm
Troisième Période intermédiaire, probablement 22e-25e dynastie (vers 950-700 avant J.-C.)
© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Benjamin Soligny / Raphaël Chipault

Statue : sphinx de Nectanébo Ier (N 29 = A 29) Grès avec traces de peinture rouge, bleue, jaune. H.76 ; L.88 ; l.26cm
Basse Époque, 30e dynastie (378-341 avant J.-C.) © Musée du Louvre, Dist. RMN-Grand Palais / Georges Poncet

Infos pratiques

Prison Sainte Anne
Musée national d’art moderne de Kyoto
Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

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