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David Hockney : rétrospective fraîche au Centre Pompidou

David Hockney : rétrospective fraîche au Centre Pompidou

21 juin 2017 | PAR Géraldine Bretault

A près de 80 ans, David Hockney s’offre une rétrospective grandeur nature au Centre Pompidou. D’abord présentée à la Tate Modern, elle gagnera ensuite le Metropolitan Museum. Mais pour son commissaire, Didier Ottinger, Paris présente la plus belle sélection, augmentée de 40 oeuvres. 

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David Hockney est l’auteur d’une des icônes du XXe siècle, le célèbrissime Bigger Splash, bien en vue au coeur de l’exposition. Mais on ne saurait le réduire à cette étiquette hédoniste de « peintre des piscines »…., aussi intéressant ce sous-genre fut-il. Un pied en Californie, l’autre dans son Yorkshire natal, voilà 60 ans que le peintre britannique vivant le plus célèbre dans le monde entier interroge le monde qui l’entoure. Ainsi, et c’est ce qui fascine chez lui, sa peinture est toujours sur le fil, entre aubiographie et explorations formalistes, entre abstraction et figuration – voir comment quelques palmiers tremblotants sauvent in extremis la façade d’un building de l’abstraction, à deux doigts de la grille minimaliste…. -.

Car tel est le projet – à proprement postmoderniste – de l’artiste : explorer sans relâche les préceptes visuels qui fondent la perception phénoménologique des Occidentaux, et en particulier les limites de la boîte perspectiviste telle qu’inventée à Florence à l’aube du Quattrocento. Prolongeant en ce sens la quête des modernistes des débuts du XXe siècle (les Fauves pour la couleur, les Cubistes pour la forme), il se munit des derniers outils mis à sa disposition (iPad, tablette graphique, logiciels informatiques) pour mieux démontrer la supériorité indépassable de la peinture. Car il demeure, comme le dit le commissaire, un « militant de la peinture envers et contre tout ».

Et quel bel hommage pictural, en effet, que ses Quatre saisons, installation vidéo en split-screen, où le rêve du peintre cubiste trouve enfin sa finalité : restituer la vision humaine, bifocale, sans oublier le rapport prépondérant à la mémoire, qui nourrit à chaque instant notre vision.

Les dernières peintures encore fraîches trahissent les obsessions récentes du peintre : sous le mirage des couleurs tonitruantes de la Californie, il revisite la perspective inversée, en optant pour des châssis biseautés. Hockney a exhumé les travaux de Pavel Florensky, théologien orthodoxe russe déporté au goulag de Sibérie, puis condamné à mort en 1937, qui portaient justement sur les liens entre cette perspective inversée et l’orthodoxie.

N’en déplaise à Walter Benjamin, pour Hockney, l’oeuvre d’art, à l’ère de sa sur-reproductibilité technique, n’a décidément rien perdu de sa magie, y compris dans ses multiples avatars…

Visuels : © Self Portrait, 1954 © David Hockney, Photo : Richard Schmidt
Domestic Scene, Los Angeles, 1963 © David Hockney
A Bigger Splash, 1867 © David Hockney, Collection Tate, London
Le Parc des Sources, Vichy, 1970 © David Hockney, Photo : Chatsworth House Trust
Nichols Canyon, 1980 © David Hockney, Photo : Prudence Cuming Associates
Garden, 2015-2016 © David Hockney, Photo : Richard Schmidt

 

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