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Contes de fées au Centre national du costume de scène : des tenues terrifiantes des sorcières aux falbalas endiamantés des princesses, la féérie au théâtre.

Contes de fées au Centre national du costume de scène : des tenues terrifiantes des sorcières aux falbalas endiamantés des princesses, la féérie au théâtre.

14 mai 2018 | PAR Raphaël de Gubernatis

Ils sont tous venus ! Tous, les personnages des contes de fées ! Comme au dernier acte du ballet « La Belle au Bois dormant » où ont été invités au mariage de la princesse Aurore et du prince Désiré leurs collègues en féeries et autres sortilèges : l’Oiseau bleu et la princesse Florine, Cendrillon et son prince charmant, la Chatte blanche et le Chat botté, le Petit Chaperon rouge ou le Petit Poucet et ses frères… tous sont tous là, en grande tenue, droit sortis des contes de William Shakespeare, de Charles Perrault, de Jeanne-Marie Le prince de Beaumont, de Marie-Catherine d’Aulnoy, des frères Grimm, d’Alexandre Dumas, d’Alexandre Pouchkine, de Colette ou d’Antoine de Saint-Exupéry. Tous galamment répartis dans les multiples salles d’exposition du Centre national du costume de scène (CNCS)…

Des rois, des reines à foison

Il y a là Riquet à la houppe, Peau d’âne et ses robes impossibles, Cendrillon, sa marâtre et ses deux méchantes filles, Blanche-Neige, la Belle et la Bête, Aurore et Désiré, la Fée des Lilas, les personnages du « Coq d’or », du Songe d’une nuit d’été , ceux de Casse- Noisette , d’ « Alice au pays des merveilles », de « L’Enfant et les sortilèges », mais aussi le Petit Prince et Hansel et Gretel. Et des rois et des reines à foison. Et des princes enchantés. Et des princesses languissantes. Mais aussi, relégués dans une salle bien à part, obscure, toute de noir et d’or terni, la fée Carabosse et ses pages hideux, l’ignoble roi des rats ou la sorcière carnassière de la maison en pain d’épices.

Jamais sans doute n’avait-on réuni un tel aréopage de célébrités nées dans le monde merveilleux des contes. Ils sont là, ou du moins leurs fabuleux costumes signés par Jean-Pierre Ponelle, Tomio Mohri, Nicholas Georgiadis, Bernard Daydé, Philippe Binot, Franca Squarciapino, Charles Cusick-Smith, John Bury, José Varona, Philippe Guillotel, Olivier Bériot, Alain Blanchot, Pierre Clayette, Jorge Gallardo, Anthony Ward, Christian Lacroix ou même Henri Galeron …Qui tous disent ou diraient qu’il n’y a décidément rien de plus exaltant pour un créateur de costumes que d’imaginer ceux portés par les fées et autres personnages de contes.

L’extraordinaire magnificence, l’inventivité la plus folle

Baroques, classiques, surréalistes, avant-gardistes, les costumes présentés ici ont été vus sur les scènes des théâtres lyriques ou chorégraphiques, à l’Opéra de Paris ou à la Comédie Française, à l’Opéra de Vienne ou de Stockholm, à ceux de Bordeaux ou de Toulouse, au Festival de Glyndebourne ou au Théâtre musical de Paris. Ils ont été portés par les étoiles de l’Opéra ou des acteurs du Français, par les solistes des Ballets de Monte Carlo, du Ballet de Biarritz, de la Compagnie de danse baroque l’Eventail. Et ils illustrent, dans leur extraordinaire magnificence ou leur inventivité la plus folle, les grands soirs de la scène européenne tout comme ces histoires venues parfois du fond des âges et qui ont été mises en prose ou en vers dès le Grand Siècle.

Si, de nos jours, le monde des fées et des sorciers ressurgit les plus souvent avec les grands ballets du répertoire, « La Sylphide », « La Belle au bois dormant », « Le Lac des cygnes », « Cendrillon », « Casse Noisette » ou « Isoline », composition de Messager sur un poème iconoclaste de Catulle Mendès où une fée particulièrement tordue condamne l’héroïne à devenir un garçon aussitôt qu’elle aura couché avec un homme, « Le Songe d’une nuit d’été » en revanche, tour à tour pièce de théâtre, opéra ou ballet, surgit ici dans les magnifiques costumes conçus par John Bury pour l’ouvrage lyrique de Benjamin Britten, mais aussi grâce à un film fabuleux dont Bronislava Nijinska assura la chorégraphie. Même chose pour « Cendrillon », opéra de Massenet.

La science des costumiers, leurs audaces, leur imagination

Martine Kahane, la commissaire de l’exposition, tenait évidemment à illustrer toutes les formes de représentation des contes, à l’opéra, au ballet, au théâtre ou sous forme de marionnettes. Et si les costumes des contes mis en scène par Joël Pommerat n’ont pu être présentés ici, c’est que les spectacles en cours sont encore trop nombreux pour qu’on puisse les exposer. Même chose pour la « Cendrillon», mise en scène par Rudolf Noureïev avec les élégantissimes costumes Années folles voulus par Petrika Ionesco : la production va bientôt être reprise à l’Opéra de Paris. Mais on se console aisément avec les splendeurs inouïes créées par Franca Squarciapino pour « La Belle au Bois dormant » ballet mis en scène en 1997 par Rudolf Noureïev dans des décors d’Ezio Frigerio.

Les visiteurs qui découvriraient l’exposition sans jamais avoir vu ces costumes sur scène, seront émerveillés par la science des costumiers, leurs audaces, leur imagination. Par le travail fascinant des ateliers de costumes qui sont les conservatoires d’un art de faire éblouissant et qui réunissent des artisans et des artistes exceptionnels.
Ceux qui ont vu les productions se régaleront de détails invisibles depuis les salles de spectacle, comme dans le cas des extraordinaires costumes du « Coq d’or » créés par Tomio Mohri pour les représentations mémorables de l’ouvrage de Rimsky Khorsakov au Théâtre du Châtelet en 1984.

Plus de folie

Mais aussi savante que soit la scénographie, il manque évidemment dans un musée la magie du mouvement, des lumières, celle de la mise en scène. La présence charnelle de ceux qui incarnent ces figures de légendes et de songes. On aurait aussi pu rêver peut-être d’un cadre plus ensorcelant, de lumières plus mystérieuses, bref de quelque chose de moins sage que ce qui est présenté ici. On eut pu rêver à plus de folie afin d’évoquer l’univers onirique des contes. Mais dans le cadre noble et contraignant de cette ancienne caserne du temps de Louis XV qui abrite le CNCS à Moulins, les costumes au fond parlent d’eux-mêmes. Et en définitive, ce sont eux les vrais seigneurs des lieux.

La magie des contes, on la retrouve encore dans le magnifique catalogue édité à l’occasion de cette exposition si singulière. Des documents rares, des photographies exceptionnelles, des textes vivants et fouillés de Martine Kahane, le travail de toute une belle équipe éditoriale italienne, en font un ouvrage digne de l’univers des songes et un présent de rêve…

Raphaël de Gubernatis

Exposition « Contes de fées ». Tous les jours de 10h à 18h. Jusqu’au 4 novembre 2018. Centre national du costume de scène, à Moulins, Quartier Villars ; 04 70 20 76 20.

Catalogue « Contes de fées. Des histoires de costumes de scène ». Centre national du costume de scène et Silvana Editoriale. 172 pages et d’innombrables illustrations. 25 euros.

Visuel : ©Centre national du costume de scène

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Raphaël de Gubernatis

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