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Caro/Jeunet : un couple hors norme

Caro/Jeunet : un couple hors norme

09 septembre 2017 | PAR La Rédaction

Aux pieds de Montmartre, la Halle Saint Pierre est bel et bien le lieu idéal pour accueillir l’exposition Caro/Jeunet. A deux pas de la butte où Amélie Poulain déambule dans le film éponyme, on se trouve aussi au cœur du Paris des revues et des cabarets, éminemment bohème, celui là-même qui autorise toutes les extravagances, celles passées et à venir. Si la commissaire d’exposition, Martine Lusardy, évoque une évidence à accueillir le binôme du cinéma français dans le musée qu’elle dirige, on ne peut qu’acquiescer  à cette idée-là.

Comparses depuis un certain nombre d’années, Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet semblent être les deux parties d’un même être ; l’affiche de l’exposition affirme au-delà d’une ressemblance physique impressionnante, et d’un collage réjouissant, la grande fertilité artistique que chacun puise dans l’autre, et dans l’union de leurs univers respectifs. L’espace scénographique propose au visiteur un parcours habilement construit, offrant une vue complète de la filmographie des deux hommes. Chaque pièce est destinée à retracer les étapes de la construction d’une œuvre.

Dans une atmosphère sombre, chaleureuse et un brin inquiétante, à l’image de celle qui habite leurs travaux, l’on se retrouve plongés dans un cabinet de curiosités étrangement familier. Certains retomberont émus sur les polaroïds du nain d’Amélie Poulain, quand d’autres s’enthousiasmeront de voir la maquette de la charcuterie de Delicatessen, l’étrange impression de se retrouver lové au cœur de ce qui a pu autrefois nous faire vibrer. Aussi échappe-ton à une énième exposition cinématographique reposant sur des décors mornes et ternes, ici les objets ne s’éprouvent jamais comme des reliques, plutôt comme des êtres encore vivants. Il y a quelque chose de proprement saisissant à voir l’incarnation – ou du moins la matérialisation – d’objets que l’on fantasmait au fond de nous. La variété des supports artistiques retranscrit par ailleurs avec vivacité les démarches au long cours qui permettent à n’importe quel film d’advenir, et de saisir ainsi la densité de tels projets portés à l’écran.

La pérégrination invite à rêver tous ces films ancrés dans notre mémoire personnelle mais aussi dans une certaine mémoire collective.

Les points forts de l’exposition tiennent enfin dans la présentation d’objets très divers, passant du storyboard aux costumes ou autres esquisses préparatoires ; tous illustrent la poésie du difforme et du grotesque si chère à Caro et à Jeunet. Il est aussi appréciable d’actualiser notre propre savoir sur la filmographie de ces deux artistes qui n’a cessé de s’épaissir ces dernières années. Revigorant de constater que l’on n’avait pas encore vu le film d’animation Deux escargots s’en vont sorti en 2017, et de prendre connaissance des expérimentations individuelles de Caro et de Jeunet et de leur appétence à ouvrir leur univers respectifs à différents médiums.

Art de la trouvaille, dans le sens noble du terme, le travail du binôme est une ode aux essais, aux expérimentations, aux cavernes, à l’obscurité, aux chemins de traverse qui portent l’idéal d’un art de vivre forain, en allant au devant des êtres, en tournoyant, en fêtant la fête pour conclure qu’il faut être absolument bizarre.

Timothée Magellan 

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