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« America Latina », un beau voyage photographique et historique au cœur du continent sud-américain

« America Latina », un beau voyage photographique et historique au cœur du continent sud-américain

02 décembre 2013 | PAR Hugo Saadi

Du 19 novembre au 6 avril 2014, la Fondation Cartier pour l’art contemporain présente l’exposition  America Latina 1960-2013 en coproduction avec le Museo Amparo De Puebla au Mexique. À travers les photos, collages et installations de 72 artistes de 11 pays, l’exposition nous présente les soubresauts de l’Amérique latine pendant un demi-siècle. Un voyage photographique et historique réussi. [rating=4]

America Latina présente une production variée en matière photographique. À travers quatre thématiques, l’exposition regorge de documents divers allant du carnet de santé, de diapositives, de photos en couleur et en noir & blanc à des photo-collages avec du ciment ou du goudron, en passant par des photocopies rehaussées aux crayons de couleur et même une installation multimédia et des photos sous vitres perforées par des balles de pistolets. Une diversité qui se veut le reflet de l’Amérique latine et de son histoire.

La première thématique présentée pose les bases de l’exposition. Intitulée « Territoires », cette première partie présente des cartes, des carnets de voyages et nous présente la délimitation des différents États. En effet, la question des frontières est importante aux yeux des photographes, et notamment en ce qui concerne la sauvegarde des cultures des populations indigènes. Présenté sur un des murs de la Fondation Cartier, le « Latin American Puzzle » de l’artiste brésilienne Regina Silveira présente « une sorte de carte mentale proposant une métaphore du problème de l’identité propre à l’Amérique latine, représenté visuellement par des associations chaotiques ». On retiendra également la série des scènes de rues dans « México » de Carlos Ginzbug, la série « Historia do Brasil – Little Boys & Girls » de Anna Bella Geiger avec les multiples cartes postales montées sur les tirages photographiques (photo 1) et enfin le diptyque de Claudia Andujar, « Marcados paras » (photo 2).

On passe ensuite dans l’univers des « Villes », l’un des terrains d’exploration privilégiés de nombreux artistes latino-américains. Les rues, les commerces, centres commerciaux et même les panneaux publicitaires sont au cœur de leur œuvres. Les photographes ont tenté de saisir les paysages urbains actuels marqués par le passé dans une région géographique où la croissance des villes est considérable. La ville offre aussi un espace public afin que la population puisse se faire entendre et dévoiler une réalité sociale faite de violence et d’inégalités. Affiches, graffitis et autres moyens d’expression sont capturés par les objectifs des photographes. On retiendra notamment l’Argentine Graciela Sacco, notre coup de cœur. Sa série « Bocanada » (photo 3) présente des photos de bouches grandes ouvertes en plan resserré qui envahissent les murs et s’affichent sur les campagnes publicitaires. Évoquant à la fois la famine, la pauvreté, la peur et l’impossibilité de s’exprimer, elle crée une œuvre à forte signification politique et sociale. Également à découvrir dans cette thématique des « villes », le Cubain José A. Figueroa et ses photos de manifestations anti-États-Unis (« Nixon hijo de puta »), le Chilien Marcelo Montecino avec « Managua » (photo 4) et enfin le Colombien Ever Astudillo et sa série « Latin Fire », qui propose des clichés de petits formats de murs placardés d’affiches (photo 5).

Enfin, au sous-sol de la Fondation Cartier, on retrouvera les thématiques « Informer – Dénoncer » et « Mémoire et identités », qui ont une portée plutôt historique. L’Amérique latine a connu plusieurs décennies de violences. Mouvements révolutionnaires, révolution cubaine ou encore lutte armée des guérillas connaissent une forte répression. La dictature s’instaure au Chili en 1973, en Argentine en 1976, et ouvre une ère de terreur. C’est alors que l’art devient véritablement un moyen unique pour informer et faire passer des messages. En s’appuyant sur la puissance des mots et des images, ils vont produire un nombre important d’affiches, de clichés pour dénoncer la violence. Des artistes comme Herbert Rodriguez utilisent images et slogans politiques, d’autres se servent des unes de journaux qu’ils transforment en communiqué. La série « Gloria evaporada » (photo 6) de Eduardo Villanes est forte et nous marque l’esprit. Enfin, une fois que l’Amérique latine est entrée dans la voie de la démocratie, les artistes se penchent sur la question de la mémoire. Ils utilisent des documents d’archives et donnent un nouveau regard sur des photographies de prisonniers par exemple. Puis se développe une critique de la société contemporaine, comme le montre la série « Pop Latino » de Marcos Lopez. Pour terminer, Revuelta(s), un film de 2h20 de Fredi Casco, co-réalisé avec Renate Costa, est projeté. Les réalisateurs ont interviewé 30 artistes de 8 pays et offrent, tel un road-movie, des portraits intimistes de chaque artiste.

Avec une richesse de documents, l’exposition arrive à traiter des thèmes divers comme l’identité, l’environnement, la dictature ou la liberté, et propose donc une exposition fort instructive et bien agencée. Paradoxalement, on pourra toutefois lui reprocher de présenter un très grand nombre d’artistes et d’événements historiques qui requièrent une assimilation rapide et peuvent alors noyer le visiteur dans un afflux important d’informations.

Du 19/11/2013 au 06/04/2014 à la Fondation Cartier (261, boulevard Raspail 75014). Plus d’informations sur le site officiel.

Visuels : © exposition America Latina / Fondation Cartier pour l’art contemporain

Infos pratiques

Les églises centre d’art de Chelles
Péniche Antipode
Camille Hispard

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