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Altars of Madness, une exposition fascinante sur l’univers visuel du Heavy Métal au Casino Luxembourg

Altars of Madness, une exposition fascinante sur l’univers visuel du Heavy Métal au Casino Luxembourg

07 juillet 2013 | PAR Yaël Hirsch

Premier volet d’une exposition estivale qui devrait se poursuivre au Confort Moderne à Poitiers à partir du 28 septembre, « Altars of madness » est placée sous la co-tutelle éclairée du commissaire Jérôme Lefevre et de l’artiste Damien Deroubaix. Une plongée fascinante dans l’univers métal…

« Altars of Madness » découpe le courant de la musique Heavy metal en un triptyque opératoire : l’acerbe post-punk et politique du Grindcore, exposé au Rez-de Chaussée du Casino, une traversée des enfers avec le Deathmetal et enfin une prise de parole contestataire par une sous-culture ultra-contestataire qui, aujourd’hui encore, est très rétive à se laisser approcher par le grand public. Ce faisant, ce sont aussi les années 1980, au Royaume Uni et en Norvège

damien deroubaix
damien deroubaix

Dans le cadre souriant du Casino de Luxembourg, la toile « Downfall » du commissaire, le Français Damien Deroubaix, un tableau noir expressionniste qui se réfère largement à Guernica  donne le ton de l’exposition : un cri noir visuel, d’un poids qu’illustrent bien la sculpture en acier rouillé du britannique Mark Tichner « So Much Noise to Make a silence (Major) et (Minor) » : devant ce grand instrument muet l’on devine que c’est bien l’univers visuel du Heavy Metal qui va nous retenir.

A droite, dans les salles historiques préservées avec leurs plafonds néo-baroques et sur lesquelles des murs blancs ont été rajoutés, l’on trouve une sculpture de Damien Deroubaix, variant en mode bulles de BD boisées sur les titres de l’album « Scum » de Napalm. Même si Grégory Gicquel utilise comme une pièce fétiche la double-pédale de la batterie de Mario Duplantier du groupe Gojira, l’on sent que nous sommes dans une partie historiquement consciente de cet univers visuel avec notamment les dessins historiques de Gee Vaucher, utilisés pour faire la couverture des albums du groupe originel anarcho-punk, Crass. Et la grande fresque marquante de Larry Caroll, qui illustrait notamment les albums de Slayer est saturée de références à l’histoire du 20ème siècle et particulièrement aux camps de la mort.

En face, une salle obscure permet de voir en boucle et en entier le fameux « Cremaster 2 » de Matthew Barney, qui ouvre la voie vers la section « Death metal » de l’exposition. On peut également entendre sur le vinyle d’origine la collaboration de Barney avec Jonathan Beler : « The Man in Black/ Drone Harness » Parsemée de vanités contemporaines et mise en scène d’une mort romanesque dans le refus d’un monde aux valeurs absurdes, la section de l’impact visuel du Death Metal tourne autour de la figure de la mélancolie profonde de l’artiste Steven Shearer. La figure radicale de Varg Vikernes du groupe Burzum qui est allé jusqu’à tuer son adversaire, Øystein Aarseth, leader du groupe Mayhem pour affirmer sa supériorité en 1993 fascine. Ou plutôt, il semble que la victime morte si jeune ne soit plutôt la source d’inspiration et de recueillement pour les fans de Death metal.

http://www.youtube.com/watch?v=-6cDx8d-3kQ

rodland casino luxembourgOn passe ensuite à une large sélection d’oeuvres entrant en résonance avec le Black Metal et son message de contestation politique qui va des églises brûlées en norvège représentés par Elodie Lesourd à des ranchs misérables revus par MaëlNozahic. Dans cette section, les supports se démultiplient. Le réalisateur Harmony Korine (Springbreak) révèle sa face Heavy Metal avec le présentation d’un scénario choc écrit dans un hôtel mythique : »Pagan Pages ». Le photographe Torbjorn Rodland décline ses « Norwegian Landscaoes » décimés, et deux grandes installations marquent les esprits: « Le sommeil de la raison » de Damien Deroubaix qui semble regarder depuis les fenêtres du casino toute la ville de Luxembourg (voir photo). Et la scène de Heavy Metal brûlée reconstituée par Banks Violette, illustrateur entre autres des albums de sepultura.

L’exposition « Altars of Madness » au casino de Luxembourg est accompagnée de l’édition d’un très beau catalogue et de la publication de n° 4 du Fanzine »Conservative Shithead » supervisé par Xavier Chevalier Le volet 2 de cette exposition aura lieu au Confort moderne à Poitiers, du 2_ septembre au 15 décembre.

Photos : 1 & 2 : Damien de Roubaix, 3 : Banks Violette, Voidhanger (Twin Channel) / All tomorrows Graves, 2006. Courtesy Vanhaerents Art Collection, Bruxelles. © WILI – Media Makers, 4 : Torbjorn Rodland, Fenriz no.2, 2001. C-print. Courtesy Air de Paris and Nils Staerk, Copenhagen.

Infos pratiques

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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