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A 90 ans, Pierre Boulez célébré par une exposition parisienne

A 90 ans, Pierre Boulez célébré par une exposition parisienne

26 mars 2015 | PAR Christophe Candoni

Le compositeur et chef d’orchestre Pierre Boulez fête ce 26 mars 2015 ses 90 ans et se voit consacrer, à l’occasion de cet anniversaire, une exposition à la Philharmonie de Paris. Dans un parcours à travers une sélection de ses titres majeurs (Deuxième Sonate pour piano, Le Marteau sans maître, Pli selon pli, Rituel, Répons, Sur Incises ) se déploient tout le génie et la porosité d’une œuvre avant-gardiste, riche de son ouverture aux mouvements artistiques et culturels de son époque, une œuvre ancrée dans son temps et forcément visionnaire.

De ses années de formation parisienne, Boulez ne retient qu’un intérêt majeur pour la classe de Messiaen. Le reste n’étant que frustration, il légitime une véritable échappée belle dans l’art et la culture de son temps. Le jeune homme fréquente avec passion les galeries d’art et les salons pour y rencontrer de nombreux artistes. Il s’intéresse à l’avant-garde, a envie de nouveautés et de ruptures. Le théâtre, la littérature, la peinture seront des espaces de création qui le nourrissent et l’inspirent tout autant que la musique. C’est d’ailleurs comme chef de fosse dans la Compagnie Renaud-Barrault qu’il commence sa carrière puis entretient un compagnonnage avec les plus grands metteurs en scène comme Patrice Chéreau bien sûr dont le Ring à Bayreuth demeure une anthologie. C’est aussi dans le temple du théâtre innovant, le Festival d’Avignon, qu’il installe Repons dans un dispositif quadri-frontal à la Carrière Boulbon. Boulez est aussi grand amateur de la poésie de Char, Mallarmé ou Joyce et de peinture.

L’exposition parisienne en rend parfaitement compte en accrochant bon nombre d’œuvres picturales qui entrent en résonance avec la musique de Boulez. Ce sont les huiles sur toile d’un Klee (« le meilleur professeur de composition » dit Boulez), d’un Miro ou d’un Kandinsky, une sculpture aérienne de Calder… Leurs lignes ondulées, leurs contours anguleux, leurs couleurs surtout, vives et fauves, tout en contraste, saisissent à la vue pour ensuite se projeter comme des réminiscences sur les murs blancs de salons d’écoutes feutrés. Comme pour dire que la plus belle des gammes se trouve dans les compositions musicales elles-mêmes, coloristes et colorées. L’écriture fine et rectiligne qu’attestent les nombreuses partitions exposées, le geste sec et précis d’un chef sans emphase correspondent à l’ascétisme de Giacometti et Vieira da Silva également accrochés.

Comme en peinture moderne, règnent dans la musique de Boulez l’éclatement et la dissolution des thèmes, la confusion des motifs comme forme principale d’expression. Celle-ci est à la fois rigoureuse et transgressive. Chez Boulez, liberté et discipline de l’invention ne vont pas l’un sans l’autre. « J’ai un tempérament qui essaie de fabriquer des règles pour avoir le plaisir de les détruire plus tard » dit-il. Peu patrimonial et volontiers saccageur, Boulez prône un geste créateur et éthique tourné vers le présent et l’avenir. Celui qui préconisait de « faire sauter » les maisons d’opéras est néanmoins un bâtisseur historique, chargé des projets houleux d’une grande Cité de la musique puis de l’Opéra Bastille, fondateur de l’Ircam et de l’Ensemble intercontemporain garants de la réalisation d’une musique de création.

Boulez est aussi prolifique à composer la musique qu’à la penser. Dans des lettres, des textes, des témoignages, des interviews en nombre, des extraits sonores à écouter au casque, son commentaire théorique est limpide et lumineux d’intelligence, radical aussi, insolent car éminemment convaincu. La polémique ne lui a jamais fait peur. Et il ne fallait pas moins d’un large pan de mur entier pour exposer tous les griefs que la bonne et si convenue société intellectuelle et musicale avait contre « l’ayatollah d’un dogme musical intégriste » pouvait-on lire dans Le Figaro en 1989.

La France n’a pas toujours considéré à sa mesure la musique de Boulez. Ce dernier entretient tout au long de sa carrière des rapports brouillés (et sans espoir de réconciliation confie-t-il) avec Paris où il a pourtant monté la version intégrale de Lulu de Berg à l’Opéra Garnier alors dirigé par Rolf Liebermann. Il travaille plutôt en Allemagne où il vit et est adulé. Pour preuve, Pli selon Pli n’avait toujours pas été exécuté intégralement en France alors que créé dans un festival de musique outre-Rhin, un critique titrait « l’événement le plus important depuis Le Sacre du Printemps ». Aussitôt sortie de terre, la nouvelle Philharmonie de Paris que Boulez appelait de ses vœux depuis plus de vingt ans rend désormais hommage. Que le génie mal-aimé reçoive désormais tous les honneurs est fascinant et mérité pour l’une des plus grandes figures musicales du XXe siècle.

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