
“Mademoiselle Else” par Francine Walter, un doux vertige
L’adaptation de la nouvelle d’Arthur Schnitzler “Mademoiselle Else” par Francine Walter au Lucernaire, se révèle être un jeu de miroir des plus surprenants, mais tout aussi réussi.
A l’aube du XXème siècle, une jeune fille de la haute bourgeoisie viennoise Else, fait l’amère expérience des facéties mondaines, lorsque son père gravement compromis, lui demande d’obtenir, quelque en soit le prix, l’appui financier d’un riche marchand, qui se trouve aussi être un de ses admirateurs. Cette illustre nouvelle du maître autrichien s’entend sous la forme du monologue intérieur, naît du combat entre la nécessité d’un sacrifice absolutoire et sa dignité.
Adaptée à la scène du Lucernaire par Francine Walter, le conflit intérieur qui habite Else nous est rendu par l’invention d’une Else dédoublée , incarnée simultanément par trois actrices, au talent avéré, Sophie Bricaire, Pauline Gardes, Pauline Vaubaillon. Elles sont cette même Else , à l’esprit tourmenté, qui oscille(nt) entre lucidité troublante, lorsqu’elle(s) mime(nt) les soubresauts d’une bonne société grimaçante et vertige du délire. Le spectateur est à son tour entraîné dans ce vertige incessant, il croit voir double, puis triple, puis c’est un homme lubrique qui apparaît sous les traits de la fragile et délicate Else. Les voix se démultiplient donnant lieu à une polyphonie à la fois étrange et parfaitement maîtrisé, ébauchant avec finesse toute la complexité, et la profondeur du personnage de Schnitzler, et simplement celle de l’homme face à ses choix. Les actrices évoluent dans ce tourbillon, qui emporte tout dans son sillage, jusqu’à ce que la raison chancelle, sans jamais chanceler, un tour de force qui mérite le détour.
Visuel: (c) affiche de la pièce