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Sébastien Pouderoux est Bob Dylan au Français

Sébastien Pouderoux est Bob Dylan au Français

19 septembre 2015 | PAR Christophe Candoni

Dans Comme une pierre qui…, Sébastien Pouderoux, récent pensionnaire de la Comédie-Française, retrouve son acolyte la comédienne et metteure en scène Marie Rémond. Ensemble, ils font revivre génialement la naissance tumultueuse d’un succès légendaire : Like a Rolling Stone de Bob Dylan.

Investie d’une batterie d’instruments de musique et de câbles électriques recouvrant sa moquette couleur Cognac, la plus petite salle de la Comédie-Française, sous le Carrousel du Louvre, se réinvente en studio d’enregistrement à l’atmosphère intime et feutrée. On est en 1965, à la Columbia Records de New York. Al Kooper est arrivé très en avance, animé d’un sentiment de nervosité mêlée à une forte excitation alors qu’il va participer à une session d’enregistrement de Bob Dylan. Avec l’attitude forcément maladroite et touchante du débutant, il est prêt à tout pour approcher son idole et se faire remarquer. Le rejoignent Paul Griffin, pianiste de formation classique, gentille tête de turc de ses camarades musiciens, le batteur Bobby Gregg en pleine crise de couple, et le guitariste Mike Bloomfield qui s’impose malgré lui en chef de troupe un peu débordé.

Et puis arrive Bob, élégant et nonchalant, taciturne et tourmenté, sa clope vissée sur le porte-harmonica. Il ne daigne parler ni aux camarades, ni au producteur, ni aux journalistes, seulement retranché dans ses textes et sa musique qu’il habite de tout son être. Sans avoir recours à un mimétisme superficiel, Sebastien Pouderoux est extrêmement crédible dans la peau du jeune chanteur, déjà star mythique mais en proie au doute et au manque d’inspiration.

Ils ont 2 jours seulement pour mettre en boîte un morceau hors du commun. Des paroles poétiques et engagées qui tiennent sur une vingtaine de pages, une partition non écrite d’une durée de plus de six minutes… Rien de commercialement formaté. Rien de véritablement établi non plus. Cela justifie le caractère anarchique d’une session impréparée qui laisse place à l’imprévu, l’aléatoire pour mieux voir surgir le talent et l’envie. Ils tentent, ils ratent, reprennent, réajustent, s’engueulent, recommencent… Personne ne sait ce qu’il peut advenir de cette séance de travail toute en tension et décontraction. Aucun ne songe dans la confusion vivre et écrire un moment déterminant de l’histoire de la musique. Cette joyeuse fébrilité inhérente au processus de création est parfaitement restituée dans le spectacle.

Marie Rémond a découvert cet épisode chroniqué dans un chapitre du livre « Bob Dylan à la croisée des chemins » par le critique rock californien Greil Marcus, grand spécialiste de la pop culture américaine qui sert de point de départ à sa création également nourrie d’improvisations collectives. Fidèle à son goût pour l’extrapolation fantaisiste et fantasmée, elle s’en saisit comme elle s’est emparée auparavant des destins de personnalités aussi diverses et complexes que le tennisman André Agassi ou l’actrice et réalisatrice Barbara Loden.

Une fois de plus, le charme opère car la proposition scénique est toujours étonnante et jubilante, à la fois foutraque et bourrée d’habileté, sincère et décalée, pleine d’audace et d’invention, d’humour et d’esprit. Il naît une réelle alchimie entre Stéphane Varupenne, Christophe Montenez, Hugues Duchêne et Gabriel Tur, tous acteurs-musiciens complices et doués dont l’énergie, la vitalité triomphent des affres de la création et font régner une émulation créative bouillonnante et débridée sur le plateau.

Au Studio-Théâtre de la Comédie-Française, 99 rue de Rivoli. Galerie du Carroussel du Louvre. A 18h30. Durée : 1h. Photo © Simon Gosselin, coll. Comédie-Française.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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