
Dans la belle brutalité d’Anna Gaïotti à la Ménagerie de Verre
Le Festival Les Inaccoutumés de la Ménagerie de Verre a monté d’un cran hier soir. Les coutumiers des pièces radicales seront ravis d’être chahutés et remués par les images sans censure de la troublante Anna Gaïotti,
C’est l’histoire d’une fille seule qui aimerait bien se faire prendre un peu. Mais il n’y “Plus de muses mais un troupeau de muets” comme l’indique le titre de la pièce. Alors on fait quoi ? Peut-être qu’il faut avancer à pas de loup (angoissé le loup); vêtue uniquement d’un collant sans pieds, des boules en métal accrochées aux jambes qui tintent, offrant le son d’un troupeau de vaches. Puis devenir monstrueuse, mais joliment montreuse, le visage recouvert d’or.
Anna Gaïotti est performeuse, chorégraphe et poète. Elle doit aussi pratiquer sérieusement le yoga tant les postures lentes qu’elle enchaîne en sont tirées. Le corps est ici offert. Il est beau, sexuel mais il ne se dégage d’Anna aucune sensualité. L’affaire est directe, crue et violente.
Pourtant, la violence n’est ici jamais offensive. Tout se fait dans la lumière sublime et pudique de Baptiste Joxe. Le “tout” d’Anna Gaïotti est une offrande qui efface les genres. Dans ses contorsions, elle devient mec, juste un cul en gros plan, la tête complètement disparue. Elle devient drag queen agile sur plateform shoes de 20 cm. Elle est la créature sur laquelle on peut tout projeter. Une poupée gonflable au corps sculpté.
“Je me suis présentée au bal, masquée d’elle-même.
Souris-moi encore, que je saute par la fenêtre du train”.
Plus de muses mais un troupeau de muets provoque un délicieux malaise.Il y a du désir ici, violent, pornographique, électrique et saturé. Léa Drouet et Mark Tompkins ont posé un regard extérieur sur la danse déambulatoire de la performeuse. Le résultat est un cri souvent sourd qui dérange et fascine. Une magnifique proposition sur la solitude, entre cynisme et intense liberté.
Visuel : ©Menagerie de Verre