Danse
« Si dans cette chambre un ami attend… », Perrine Valli en poète tourmentée

« Si dans cette chambre un ami attend… », Perrine Valli en poète tourmentée

06 juin 2013 | PAR Marie Boëda

Dans « Si dans cette chambre un ami attend… » de Perrine Valli au Centre culturel Suisse, tristesse et introspection se rejoignent dans une pièce où les souvenirs semblent submerger tout le reste.

La chambre, c’est l’endroit où l’on se relâche, c’est le repos, la quiétude. Mais c’est aussi un lieu d’intimité dans lequel des pensées enfouies refont surface toute la nuit sans que personne ne soit là pour les empêcher de se répandre. C’est l’interprétation de cet espace que Perrine Valli a voulu transmettre au public. Elle déploie avec élégance la désinhibition des sentiments que permet l’espace d’une chambre embuée de solitude. Une musique de western, Il était une fois dans l’Ouest ouvre la pièce au décor sobre et sombre. Tout en méditant, elle boit un verre (on se demande quoi) et regarde le public. Ce tableau ponctue les différentes scénettes de la première demi-heure de spectacle comme si elle revenait au même point. Parallèlement, elle tire les rideaux, comme pour passer à autre chose mais à chaque fois, un souvenir refait surface. L’enfance, l’amour et la mort semblent être récurrents. Une lettre est lue au public, comme un journal intime, relatant, semble-t-il, les questionnements, les errances des thèmes de la chorégraphie. Malgré la tentative de se rattacher à des moments tendres de la vie quotidienne, c’est surtout l’absence et la distance qui gouvernent cette lecture et donc la pièce. Un homme assis de dos apparaît ; il surgit grâce à la lumière du projecteur. Sa position de dos semble nous signifier la difficulté d’assumer cette présence difficile à oublier. Avec l’enfance, c’est presque plus violent, on la berce puis on la jette.

Des mouvements qui s’emboîtent, qui hésitent et qui n’arrivent pas à aller jusqu’au bout. Toujours avec lenteur et maîtrise, des excès de vitesse donnent à l’espace une autre dimension laissant la tourmente l’emporter. La précision de ses gestes qui s’apparente au mime donne l’impression qu’elle veut ranger ses pensées afin peut-être de s’en libérer. Une nostalgie semble envahir la danseuse chorégraphe lorsqu’elle rentre dans l’intimité de sa chambre. Avec sa couverture, elle se drape dans ses regrets et s’enfonce. Un jeu de lumière vers la fin dessine les muscles saillants du dos qui reflètent la beauté de ce corps hésitant. Finalement elle se love en foetus évoquant ainsi la sensibilité de l’espace de la chambre et l’intimité qu’elle délivre.

Perrine Valli s’est d’abord intéressée à la politique et à l’identité sexuelle dans ses pièces. Dans « Si dans cette chambre un ami attend… », elle laisse plus de place à des éléments poétiques et abstraits.

Visuels © : donnés par le centre culturel suisse.

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