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Steven Khalil ou le nouveau couturier-jardinier

Steven Khalil ou le nouveau couturier-jardinier

11 juillet 2019 | PAR Cloe Assire
En ce lundi 1er Juillet, les salons de l’hôtel Le Marois se sont emplis d’un doux parfum floral au cours de la présentation de la collection Haute Couture automne-hiver 2019/2020 de l’australien Steven Khalil. Ses « Dames en fleurs » se sont succédées, du bouton embrassant le corps à l’éclosion en passant par l’épanouissement triomphal. Un défilé tout en force et romantisme qui attire décidément notre attention vers l’Australie au cours de cette Fashion Week où Aleem Yusuf a aussi su nous séduire.
 
 
Monsieur Dior puisait la majorité de son inspiration dans les fleurs, en particulier celles issues de son propre jardin. Le thème floral est particulièrement récurrent dans l’histoire de la Haute Couture, entraînant une certaine exigence de la part du public qui fut déjà tant surpris par l’usage de la nature dans la mode. Steven Khalil réussit ce pari en allant au-delà de la silhouette de la végétation, c’est-à-dire en explorant à la fois la fragilité des fleurs, mais également leur évolution et leur anatomie, notamment au niveau de la structure microscopique que l’on retrouvera dans un imprimé faisant office de leitmotiv. La fleur, ainsi minutieusement étudiée, sert de nouvelle architecture à l’image de la construction du vêtement à laquelle elle prend part.
 
 
Les silhouettes des « Dames en fleurs » nous apparaissent toutes aussi extraordinaires que le sont celles des plantes. La femme de Steven Khalil, de cette manière, se veut forte, passionnée et assurée dans le but d’exalter sa personnalité. On semble revenir à l’essence de la féminité, le corps nu des mannequins simplement couverts d’un voile transparent, léger et aérien, où seuls les motifs brodés habillent, à la manière d’une seconde peau. La femme et la fleur ne font plus qu’un au sein d’une palette teintée de couleurs pastels, du rose pâle en passant par le bleu de bleuet puis aux jades profonds et aux noirs dramatiques pour plus d’intensité.
 
 
Steven Khalil a conc?u une collection riche en de?tails et utilisant des techniques de broderie exclusives pour des cre?ations qui ne peuvent que nous surprendre. Chaque pie?ce est minutieusement construite individuellement tout en faisant partie d’une me?me histoire, relatée à la manière d’un herbier. Certaines de ces robes, toutes faites main, ont nécessité de 100 a? 200 heures de travail pour la conception, la construction et la finition. Pétales, branches et feuilles en tout genre viennent envahir la silhouette des mannequins, le tout réalisé à l’aide de diverses perles et sequins. Le couturier nous entraîne dans ce luxueux jardin secret où se mêlent broderies, imprimés, jupes corolles et reflets irisés, le tout créant le vocabulaire de ses mystérieuses « Dames en fleurs ». Steven Khalil joue avec la superposition, rappelant les pétales, utilise du fil métallique pour évoquer les vignes, intègre de petits éclats d’étamines renvoyant au thème floral. Chaque détail est pensé pour évoquer la nature. Certaines « Dames en fleurs » ont une allure plus exotique que d’autres notamment avec cet incroyable body en velours noir entièrement rebrodé…la plante semble venir d’un étrange ailleurs et nous fascine.
 
 
Le couturier australien, au-delà de sa superbe collection, nous présente, à la manière d’un botaniste, un échantillonnage raffiné des fleurs minutieusement étudiées, faisant ainsi appel à nos sens. Notre odorat semble solliciter par un délicat parfum tandis que les reflets irisés pourraient évoquer les gouttelettes des matins, la fraîcheur de la rosée contre notre peau. Les pas des mannequins tintent au rythme des broderies jusqu’au couronnement de ce défilé, une robe de mariée hors norme, comme couverte d’algues argentées qui nous laissèrent sans voix.
 
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Cloe Assire

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