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Petit précis de métamorphose

Petit précis de métamorphose

02 mai 2013 | PAR Mariska Konkoly

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La silhouette lissée, d’une rare élégance se balance sur le fil d’une démarche aérienne. Elle voltige sur le podium, où la matière devient mère du corps et capture en son sein, les figures innocentes et légères qui s’envolent une fois la lumière devenue silencieuse. Et si parfois, derrière la poésie du défilé, se cachait dans l’obscurité, des êtres transformés, des ombres métamorphosées qui avancent sans jamais reculer, qui dépeignent avec force et présence monstrueuse une âme venue d’ailleurs.

alexander mc queen

Le créateur développe autour du corps une empreinte textile, une histoire et un concept qui transcendent à travers la matière. Le miroir d’une épopée qui se veut acte plastique masquant les visages, momifiant la réalité d’une figure devenue spectrale. Elancée sur le catwalk désertifié, la lumière humide et sourde dépeint un décor souvent fantasmagorique et étrange qui soulève la question de l’art, au-delà de la création, la silhouette fantôme ne fait plus qu’un avec cette matière qui la dévore. Devenue forme abstraite, photographie capturée d’un imaginaire effroyable qui mêle à l’obscure la beauté. La tendance s’est propagée dans l’ombre, magnifiant les figures d’une scénographie à part entière. Certains créateurs ont marqué leur appétence pour cet univers évolutif et plastique et travaillent autour du regard, un emblème à part entière qui souvent se masque et se cache autour d’une illustre métamorphose obscure.

maison martin margielaAlexander McQueen fut l’un des premier a marqué ses inspirations par le masque, synonyme d’une voix nouvelle, épouvante de l’esthétique et mère de la plasticité. Des visages habillés de casques tantôt précieux, recouvert de pierreries, armoiries de cristal, jolies monstres de verre au regard aveugle et qui s’assemblent comme une entité propre à l’univers du créateur. Le masque, figure central de la transformation laisse place à un ensemble de haute-couture, virevoltant en silhouette hors-norme, en gigantesque travail harmonieux.  La grille soulève alors en accessoire ultime la question d’un nouveau territoire de création, modernisant les univers et dessinant des ombres magistrales qui défilent en êtres sublimes, fascinants et éphémères.

A l’instar de la magnifique opulence, Maison Martin Margiela chante les écueils  d’un minimalisme anonyme. Celui qui se fait fantôme de la mode, invisible et pourtant tellement présent transmet son instinct sur les podiums. Les yeux, toujours sont masqués, le visage de l’âme reste imperturbable derrière  la matière devenant vivante et humanisée. Un aveuglement qui se fait le compagnon habile du charme et de l’élégance élevée derrière les coupes voluptueuses et les enchantements de la couture. Un passage déshumanisant qui prend son essence quand la lumière blanche fait son apparition, souriante derrière le mystère absolu et caché. Une voix  sublimée par ce créateur d’avant-garde. Le symbole du masque se décuple alors et se poursuit avec Rick Owens, la sémiotique d’un conte baroque et romantique qui continue son essor sous des masques quadrillés, des filets qui promettent  une transformation partielle et une silhouette réinventée en image. Une réponse uniformisée, un acte créateur fort écho à la matière, qui crie alors son humanité.

Visuel (c) : Alexander McQueen, Maison Martin Margiela

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Mariska Konkoly

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