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Les Impressionnistes et la Mode à Orsay : quand les grands du XIXème chantent la parisienne

Les Impressionnistes et la Mode à Orsay : quand les grands du XIXème chantent la parisienne

24 septembre 2012 | PAR Sarah Barry

A partir de demain, 25 septembre, le musée d’Orsay présente une gracieuse exposition où peinture et mode engagent le dialogue. Les plus grands noms de la peinture du second XIXème siècle se retrouvent autour d’une passion commune : la femme, sa beauté, ses atours. Renoir, Manet, Monet, Degas, Morisot, Corot, Bazille, Caillebotte, Courbet, … tous sont au rendez-vous et chantent la modernité de leur époque par le biais de cette figure dernier cri qu’est la parisienne.

Le musée d’Orsay bénéficie pour cet évènement de la participation du Metropolitan Museum of Art de New York, du Art Institute de Chicago et de Galliera, Musée de la Mode de la ville de Paris. Des partenariats aussi prestigieux que pertinents, permettant par exemple le retour temporaire en France d’oeuvres célèbrissimes, comme Rue de Paris, jour de pluie de Gustave Caillebotte.

On connaît le goût des impressionnistes pour les paysages, tandis que prolifèrent dans les musées des versions de la montagne Sainte Victoire, des falaises d’Etretat ou de la forêt de Fontainebleau. Mais leur fascination pour la nature et leur traitement des effets de lumière cherchant à souligner ses charmes, trouvent un écho dans leur rapport à la ville et aux moeurs des citadins. Le peintre veut saisir la vie « moderne », évoquer les personnes au-delà du portrait, dans leurs activités et leurs décors quotidiens. L’oeuvre de Caillebotte évoquée plus haut a quelque chose de photographique, comme un touriste souhaitant rendre compte d’une culture étrangère auprès de ses compatriotes.

Et la touche impressionniste joue aussi bien sur les vêtements que sur les reflets d’eau. Un tableau d’Albert Bartholomé, placé de façon pénétrante au bout de la première perspective de l’exposition, représente Prospérie de Fleury, l’épouse du peintre, vêtue d’une robe judicieusement exposée à côté dans une vitrine. L’éclairage de la vitrine semble reproduire celui que fait jouer l’artiste sur la robe de la toile, et l’on ne peut que constater à quel point ce style pictural rend fidèlement compte des matières tandis qu’il manipule la lumière, tout en insérant au mieux la figure dans l’atmosphère environnante.

En traversant cette première salle, on comprend l’essor que connaît la mode dans la seconde moitié du XIXème siècle. Certes, dès l’Antiquité, chez les élites tout du moins, il existe un souci de soigner les attitudes vestimentaires, une recherche d’innovation en perpétuel renouvellement, en bref, des modes. Les belles au XIVème siècle écument les boutiques de la Galerie mercière ; la marquise de Montespan au XVIIème, maîtresse du roi Soleil, est à l’origine de tendances extravagantes en matière de coiffure notamment. Mais c’est au XIXème siècle que la mode se développe véritablement dans toutes les perspectives : elle s’industrialise, se « médiatise », s’ouvre à des classes plus modestes de la société. Témoins de ces mutations : l’ouverture de grands magasins, comme le Printemps le 3 mars 1884 ; la diffusion de journaux illustrés, spécialisés dans les questions de mode ; la prolifération des maisons de Haute Couture dans les années 1875-1885 ; la littérature, avec en première ligne Charles Baudelaire et son Peintre de la Vie moderne, ainsi qu’Au Bonheur des Dames d’Emile Zola. Ce dernier parle de « cathédrale du commerce moderne » quand Baudelaire interroge : « quel poète oserait, dans la peinture du plaisir causé par l’apparition d’une beauté, séparer la femme de son costume ? »

Parmi les peintures et les photographies se dressent en vitrine et de toute leur superbe les tenues typiques de ce temps : corsets, jupons d’acier, tailles affinées, robes à queue, tournures, dentelles, volants, … Il s’agit de mettre l’accent sur la cambrure de la taille, d’allonger la silhouette. Les vitrines horizontales présentent, dans un fouillis savant, un assortiment de gravures, planches  tirées des journaux illustrés, photographies d’époque, objets délicats, tels que des ombrelles, des souliers, des parfums. La Dernière Mode, journal de Stéphane Mallarmé, se fait l’ancêtre de Vogue, décrivant les différents éléments des tenues, en détaillant les prix.

On retient ensuite deux salles rouges, scandées par trois cimaises qui pourraient paraître trop massives et couper la vue si elles ne profitaient d’un habile jeu de miroirs, dans lequel se reflètent les chefs-d’oeuvre de Manet et de Monet. Les miroirs offrent une continuité au regard, un divertissement de renvoi et d’illusion qu’accentuent les alignements de chaises rouges et or sur les cotés. Est exposé ici le célèbre Balcon de Manet, où apparaît Berthe Morisot en tenue d’intérieur et Fanny Claus s’apprêtant à sortir avec chapeau, gants et ombrelle.

Car la parisienne du XIXème siècle ne saurait porter la même tenue selon si elle se trouve chez elle, en déplacement, au réveil, en été ou dans un jardin. C’est ce discours qu’adopte ensuite le parcours de l’exposition : un choix thématique par salle, sans grande surprise, qui évoque successivement la femme chez elle, la femme en soirée, la femme dans son intimité, la femme en plein air, etc. Une partie est également consacrée à « l’homme du monde parisien », mettant en valeur la disparition de la couleur dans les tenues masculines, et les réactions ainsi suscitées chez les artistes. La dernière section dédiée aux « plaisirs du plein air » agit comme un bouquet final : moquette imitation gazon et gazouillis d’oiseau, la présentation semble peut-être un peu surfaite, plastique et artificielle, mais la recherche d’ambiance fonctionne. Et des chefs-d’oeuvre mille fois reconnus se côtoient pour évoquer les sorties des parisiens entre jardins et grandes avenues. Une vraie balade romantique.

 

Visuels : (c) Sarah Barry

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