Mode
La mode silencieuse, quand l’acte de création se fait sourd

La mode silencieuse, quand l’acte de création se fait sourd

11 avril 2013 | PAR Mariska Konkoly

Article handicapLe froissement du tissu, le cliquetis de la matière, les brouhahas des backstages, où un univers de mots et de mode empreint à la loi obscure du silence éternel. Avec un leitmotiv, la perfection absolue, la mode et le handicap semblent apparaître comme un simple oxymore. Alors comment, à travers ce joli vacarme, est-il possible de vivre, de créer, de comprendre et de communiquer quand le Sens manque ?  Vision interne à travers les yeux de Cindy Bornet, jeune modéliste qui passe entre les mains des géants couturiers comme On Aura Tout Vu et Alexis Mabille, des mots pour exprimer comment sa surdité est perçue dans une atmosphère hermétique, quand le fantasme prend le pas sur le son de la voix.

Silence et invisibilité. La surdité, comme l’ambivalence d’un silence qui n’est pas marqué, qui n’est pas figuré à première vue. Un handicape transparent presque inexistant et pourtant bien réel. Une différence qui n’est pas prise en compte dans l’acte communiquant alors que la compréhension et la communication arrivent en tête des points clés dans les secteurs de l’exigence. Bousculée, comme invisible Cindy n’est pas une handicapée, ni même sourde, elle est modéliste. A travers cette transparence, c’est une négation de son existence et de son état de différence qui lui apparaît. Une place « comme les autres », parmi les autres, au croisement des chemins de la négation.

Alors comment comprendre si au sein de la mode, le handicap doit-il être considéré comme à part entière ou bien lissé comme inexistant ? Abolir la différence comme symbole d’uniformisation au service de la création. Pourtant, dans certaines maisons, c’est avec respect et valeur que la modéliste a été reçue pour ses talents parfois exacerbés par la loi du silence.

Devinette et perception. A travers la lecture sur les lèvres, Cindy à choisit d’initier ces missions au-delà de la chimère du langage, elle devance les indications. Une perception de la sensation, de l’attente, comprendre à travers le regard et la situation ce que l’on attend. Elle prédit à travers son silence la ligne, les points, la broderie et le dessin :

 «  J’ai une petite musique dans ma tête et je couds »

 A travers cette perception avant-gardiste, le handicap de la modéliste apparaît comme un atout de concentration, synonyme de minutie extrême et de plus forte exigence. A l’instar de l’ouïe, c’est la vue qui se fait acteur primordial en facilitant l’apprentissage et la précision au service de la perfection.

Au-delà de la frustration, de l’incompréhension et du vivre ensemble vécu au quotidien, c’est la passion et peut-importe la forme que celle-ci peut prendre, qui surmonte les ambivalences d’une mode qui se fait accueillante d’une différence qui fait peur en occasions particulières.

Visuel (c) : Dessin Mariska Konkoly

 

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Mariska Konkoly

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