Mode

Feminism is the new black

Feminism is the new black

08 mars 2018 | PAR Sophia Le Bon

« We should all be feminists », « Sans femmes, pas d’hommes », « We can match the machos »… Plus que jamais dans l’air du temps, la cause des femmes inspire aussi le monde de la mode.

Des collections déclarées féministes chez Prada en 2014, un défilé-manifestation défendant la cause des femmes chez Chanel pour la collection printemps-été 2015, création d’un t-shirt clamant « We should all be feminists » avec l’arrivée de Maria Grazia Chiuri chez Dior en 2016, des bonnets roses chez Missoni suite à l’élection de Donald Trump : Que penser de cet intérêt nouveau de l’industrie de la mode pour la cause des femmes ? Doit-on y voir un réel engagement ou simplement une excellente stratégie marketing ?

« Chanel a donné la liberté aux femmes. Yves Saint Laurent leur a donné le pouvoir » Pierre Bergé

Depuis le début du 20ème siècle, la mode a contribué à l’évolution de la condition féminine. Dès 1910, Chanel a rendu le tweed, le jersey, la marinière mais surtout le pantalon accessibles aux femmes. Cette nouvelle mode a libéré la femme qui jusque-là était enfermée par le corset l’empêchant de respirer et de bouger. C’est ensuite dans les années 1960 que Yves Saint Laurent a décliné le vestiaire masculin pour la femme avec le smoking, la saharienne et le costume pantalon. Les femmes ne sont cependant pas déguisées en hommes, explique Florence Müller, historienne de la mode. La femme Yves Saint-Laurent n’est en aucun cas masculine, elle emprunte les vêtements de l’homme pour mettre en valeur sa féminité.

La mode est-elle pour autant féministe ?

Même les féministes semblent divisées. Certaines éprouvent un profond malaise face à cette industrie qui s’approprie leur combat d’émancipation – industrie qui impose par ailleurs aux femmes des rituels de mode et de maquillage les poussant ainsi à devenir objet du regard masculin (voir Joanne Hollows, Feminism, Femininity and Popular Culture, Manchester University Press, 2000). D’autres y voient simplement un nouveau moyen de communication comme l’actrice et activiste transgenre Hari Nef qui n’hésite pas à défiler pour Gucci afin de véhiculer la fin d’une garde-robe distincte pour l’homme ou la femme.

Pour d’autres encore, le féminisme de la mode ne réside pas dans le message affiché mais dans l’histoire du produit. Maroussia Rebecq a ainsi créé en collaboration avec la marque Victoria des tennis qu’elle dit féministe, « non pas qu’un objet peut l’être mais parce que je veux attirer l’attention sur une compagnie gérée par des femmes, qui n’exploite personne, qui pense à toute la chaîne de production et pas seulement aux clients potentielles. » Gagner de l’argent ou avoir un pouvoir d’achat sont des symboles d’émancipation, de réussite et de progrès social – des valeurs proches de la pensée féministe, observe Alice Litscher, professeure à l’Institut français de la mode.

Un récent article du Temps essaie d’apporter une réponse à ces interrogations concernant l’opportunisme du monde de la mode : « on pourra répondre qu’il est non seulement impossible, mais parfaitement stérile de sonder les intentions des un(e)s et des autres. […] La mode est une industrie, mais aussi un puissant levier politique. Et de même qu’il existe aujourd’hui une multiplicité de féminismes aux idées et aux méthodes parfois divergentes, il existe aussi une multiplicité de manières, pour la mode, de participer à ces luttes. »

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Sophia Le Bon

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