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Les Publivores au Grand Rex, c’est la pub qui fait son cinéma !

17 novembre 2009 | PAR Romain Giuseppone

Depuis 29 ans, les aficionados de la publicité se donnent rendez vous au Grand Rex pour une nuit consacrée à leur passion publicitaire : La Nuit des Publivores. The show must go on !

Tous les ans, à pareille époque, la publicité revient s’installer sur les Grands Boulevards parisiens et se parer de ses plus beaux habits pour sa nuit de gloire au Grand Rex. Le temps d’une nuit de festivités, le cinéma parisien devient l’étendard des amoureux de la publicité. Pour tous ceux qui s’intéressent à la publicité, c’est une étape essentielle depuis trois décennies. Le créateur de la nuit des publivores, Jean Marie Boursicot explique qu’il est, avant tout, mu par son envie de faire partager sa passion pour la créativité, élément essentiel des bons spots publicitaires. Pour lui, les publicités sont « avant toutes choses, de petits films, qui ont leur place dans l’art visuel ». Du côté des créations, les inventeurs de la publicité moderne, les anglo-saxons tiennent toujours le haut du pavé, grâce à un humour décapant. Cependant les Sud-américains ont le vent en poupe en faisant la démonstration que leur société n’est pas encore sclérosée par le bien pensant.

De nouvelles têtes émergent du tumulte publicitaire tel Antonio Bo, remarquable créatif publicitaire argentin. Les spots du monde entier s’enchaînent les uns derrière les autres, comme des majorettes lors d’un défilé national. Parfois désopilante ou alors géniale, c’est surtout le bond en avant de la création publicitaire qui est particulièrement étonnant depuis que la réclame a laissé la place à la publicité. Devant nos yeux d’enfant, c’est tout un pan de l’histoire d’après-guerre qui défile, passant de la réclame au ton neutre ante 68 à la liberté extravagante des années 70, le clinquant 80’s ou la rêverie superficielle des 00’s. Jacques Séguela, Jean Paul Goude, Maurice Bleinstein, Maurice Lévy ou David Ogilvy auront été les princes d’un monde publicitaire qui n’est plus qu’une chimère bien lointaine.

La publicité a t-elle la gueule de bois ? Peut-être…En tout cas, la nuit des publivores se charge de ne pas vous la refiler. Une salle pleine à craquer ou s’entassent de jeunes étudiants et des vieux loups de la publicité prêts à faire la fête toute la nuit. Mais une drôle de sensation nous envahit, à la fois heureux de participer à un événement de cette envergure autour de la création publicitaire et tristes devant ce spectacle de déni des problèmes que pose la publicité. C’est ainsi, une image d’un pathétisme magnifique qui se déroule sous nos yeux.

Qu’à cela ne tienne, tout le monde s’amuse dans cette foire bon enfant ! Mais la publicité ne peut malheureusement pas nier ses soucis. Son désert créatif qui ressemble à l’évolution de son cousin subsaharien celui-ci bien réel, ou encore, son rapport belliqueux avec les citoyens…Devenue trop réglementée, envahissante ou tournant en vase clos en ayant du mal à se renouveler, la publicité ne fait plus rêver et dérange plus qu’elle ne fascine. Elle est victime de son ostracisme dès lors que la majorité des individus la perçoit comme un milieu obscur. Celle-ci se garde bien d’entretenir son opacité vis-à-vis du monde extérieur. Elle est une tour d’ivoire grandiloquente qui ne se laisse visiter que par ses initiés. Elle en exclut tout le reste et c’est une des raisons qui fomente cette haine pour cette machine bien huilée mais lointaine pour le commun des citoyens.

Sujet de société par excellence, la publicité soulève tout un tas de questions, beaucoup de débats, d’empoignades et finalement peu de réponses. Sommes nous aveugles et passifs sur sa véritable démarche ? Comme Samuel Beckett l’écrit dans Molloy en 1951 : « A force d’appeler ça ma vie, je vais finir par y croire. C’est le principe de la publicité » ou doit-on ignorer sa bassesse et la prendre de haut, comme Georges Orwell pour qui « faire de la publicité, ce n’est qu’un bâton dans l’auge aux cochons ». Finalement, la Nuit des Publivores, c’est le moment où chacun devient amnésique des traquas moraux que posent la publicité, pour faire la fête de ce précieux sur l’autel du consumérisme. C’est l’image détonante du chauffard qui roule à 200km/h sur l’autoroute tout en balançant sa morale par la fenêtre, juste pour savourer une courte poussée d’adrénaline égoïste. La publicité c’est le héros du film « Harry un ami qui vous veut du bien », au début c’est un personnage amical qui devient vite gênant jusqu’à en être menaçant pour soi. Déconcertante ou roborative, parfois géniale, la publicité est, avant tout, le visage sociétal reflétant l’extrapolation narcissique de l’humanité moderne.

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Romain Giuseppone

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