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Une trilogie dé-culottée !

Une trilogie dé-culottée !

04 décembre 2013 | PAR Camille Pettineo

Le romancier Nicolas Rey célèbre l’érotisme dans trois nouvelles pour assurer la promotion de la nouvelle collection de la marque de lingerie RougeGorge. Surferait-il sur la tendance « porno chic pour ménagère » lancé par les romans d’El James ?

L’érotisme fait vendre ! À en croire le triomphe planétaire de Fifty Shades of Grey qui déchaîne les passions en librairies. Mais le succès de cette littérature ultra hot peut-il rayonner sur la marque de lingerie RougeGorge ? En tout cas la firme y croit dur comme fer puisqu’elle commercialise également des menottes en fourrure…

C’est à dire qu’elle a misé sur un poulain à forte valeur médiatique ! Récompensé par le prix de Flore en 2000 pour Mémoire courte et par le prix Ciné roman pour Un léger passage à vide, Nicolas Rey exporte très vite sa plume en dehors des cercles littéraires. Solicité par Cyril Hanouna, l’écrivain rejoint en 2012 l’équipe de chroniqueurs de l’émission très populaire Touche pas à mon poste ! sur D8. Un an plus tard, c’est le créateur du prix de Flore, Frédéric Beigbeder, qui le courtise pour participer à la réédition du magazine LUI.

Rien d’étonnant alors de le voir s’essayer à dépoussiérer les campagnes publicitaires ! Lingerie affriolante en dentelle sur filigrane romantico-libertin, tout est réuni pour dresser le portrait de la femme RougeGorge : sensuelle et charnelle. Les trois nouvelles sont illustrées par les modèles audacieux et gourmands de la collection 2013. Ultime coup de génie : Le bar, le bureau, l’appartement sont disponibles en édition limitée en boutique, mais également dans une version digitale interactive sur l’e-shop de la marque.

Oui mais voilà, au-delà du coup de com’ on peut se demander ce qu’apporte cette énième contribution à la littérature érotique. Évidemment, les grands classiques y trônent en bonne et due forme, la bretelle de soutien-gorge rose négligemment apparente et les jeux de jambes acrobatiques. Nicolas Rey ne sort pas des sentiers battus, les femmes sont félines et ses personnages masculins, parfois bestiaux, à l’image de Martin dans L’Appartement. Pourtant l’on regrette l’enchaînement pré-mâché de l’action qui ne laisse pas le temps à la moindre imagination. Sans compter le plan-plan pour ne pas dire le cul-cul des dialogues semblant tout droit sortis d’une sitcom pour adolescent pré-pubère :

« On essaie de se faire belle avant un rendez-vous, jeune homme, c’est la base … ». Phrase à laquelle ce dernier répond au bout de quelques échanges : « Je suis un homme facile à vivre. C’est le moins qu’on puisse dire. En plus, je ne peux jamais refuser aux femmes de leur faire l’amour. Toi, par exemple, si tu me disais là, maintenant, que tu avais envie de moi, je m’exécuterais sur le champ ». (Extrait de la nouvelle Le Bar)

La suite de l’histoire nous conduit dans les toilettes du fameux bar pour un échange clinique plus qu’emprunt d’une quelconque volupté. On saluera quand même l’auscultation millimétrée bien que surjouée tout en applaudissant Nicolas Rey de ne pas être tombé dans le travers de l’érotisme à la Christian Grey.

Disons que ces nouvelles ne sont qu’un spot de pub version longue, dans laquelle la finesse des dentelles prend le pas sur celle des mots. Peut-être nous réconcilierons-nous sur le phrasé du poète Robert Desnos, qui dit à juste titre : « l’érotique est une science individuelle ».

Camille Pettineo

Visuels : © Capture écran de la publicité sur le site de la marque

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