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PQB : des minutes de bonheurs immobiles sur Facebook

PQB : des minutes de bonheurs immobiles sur Facebook

23 juillet 2011 | PAR Pascal

Alors que Facebook lance les nouvelles fonctionnalités des « groupes », plus directs, plus autoritaires aussi dans les invitations, plus ouverts sur les évènements, plus rapides, plus Google dans la manipulation, Sophie Somont  et Hervé Bougel sollicitent sur le réseau social du grand Manie-Tout leurs amis pour la PQB. Il ne s’agit point d’une nouvelle façon de faire griller la viande en été, mais de permettre sous la houlette énergique des créateurs de « la photo qui bouge » de produire des vidéos d’une minute exactement. Particularités ? Avoir un esprit Perrec, Prévert, de voyageur immobile, de fixer dans un paysage avec sa caméra, son smartphone, une situation de la vie dite ordinaire, sans bouger. Et, ainsi, en la publiant sur FB, de communiquer l’invisible dépassement de l’ennui, la poésie de l’instant. Mauvaises volontés sans humour ni poésie s’abstenir. PQB, un groupe intelligent, créatif, bourré d’audace spéculative et de talents cachés. Coup de cœur de la rédaction.

Plus de requête pour inviter un ami dans un nouveau groupe sur le monstre social du net. On t’add. Ca te plait ou pas, tu y es. Au récepteur de refuser ou modérer son flux. Ce qui n’est pas pour plaire à tout le monde, tout du moins ceux qui n’ont pas la pratique de la gestion des flux d’informations sur le web. L’invitation te capte, toi tu vaques à ces occupations, ou pas. La modernité de la communication nous saisit comme une langouste dans l’eau bouillante. A nous de rougir, nous accommoder ou non. Le gain de temps et de bande passante est évident. De la bande passante sur FB, il y en a. Pourquoi faire ? Les mauvais esprits diront pour concurrencer ses deux grands fournisseurs relais que sont Youtube et Dailymotion. Les plus avertis diront, pour les alléger. L’inverse est également vrai.

A une époque où la poésie alimente, comme de tout temps, les esprits en recherche en période de crise, économique et/ou/donc individuelle, la photo comme le film cinématographique apportent leur contribution moderne à l’expression communautaire, d’autant qu’il est rapide de produire aujourd’hui. Sophie Somont et Hervé Bougel cultivent avec la Photo Qui Bouge essentiellement la poésie de l’instant, le concept de l’anaphore cher à Pérec. Les adeptes de ce groupe FB viennent de tous horizons sociaux et géographiques. Il serait toutefois intéressant de pousser l’analyse sociologique un peu plus avant. Nombre d’écrivains, d’éditeurs même, d’artistes, d’amateurs d’art en sont. Les règes sont précises (voir plus bas) donnant à l’ensemble de la page une dimension éditoriale reconnaissable. On le doit à Hervé Bourgel, éditeur de la belle maison littéraire du Pré Carré. Voici ce qu’il en dit :

De quoi s’agit-il : Déposer son appareil-photo, ou tout autre objet de prise de vues, en mode vidéo pendant une durée d’une minute maxi (la tolérance + ou – est de quelques secondes (mais une minute juste c’est la fierté), afin de saisir, sur le vif, une scène quelconque.

« La photo qui bouge » est un projet de nature urbaine, social si ce n’est sociable ; les films ainsi réalisés sont postés sur le mur du groupe, sans apprêts particuliers, le mouvement doit être –c’est là la règle incontournable – celui du passage, non pas celui de l’objet qui filme, ou celui du réalisateur.

Quelle est la nature de ce projet :

Comme écrivain, et dans d’autres domaines de la création, j’ai très souvent utilisé les méthodes de la contrainte, sont issus de cette pratique différentes réalisations :

Un livre : « Petites fadaises à la fenêtre », paru en 2004 aux Editions « La Chambre d’échos » à Paris. Cet ouvrage est composé de 365 textes, qui sont de brèves notations d’aperçus de ma fenêtre, à raison d’une par jour, entre le 21 juin 1996 et le 20 juin 1997.

Une série de 309 photographies, prises à chacune des sorties de mon domicile, à raison d’une par jour entre avril 2009 et mai 2010 et constituant un montage diapo présenté en septembre 2010 au Musée Dauphinois de Grenoble. Ce travail est visible sur mon blog :

http://precarreditions.hautetfort.com

Dans mon travail d’éditeur (pré # carré éditeur ), j’ai souvent demandé à des auteurs d’utiliser la contrainte afin de « produire du texte », comme dans la collection des « 36 choses à faire avant de mourir », travail sériel comportant 36 plaquettes de 36 auteurs ayant rédigé chacun leurs « 36 choses à faire avant de mourir ».

Quel est l’intérêt de cette initiative :

Dans un premier temps, elle se révèle tout à fait différente pour moi de ma pratique habituel de créateur en cela qu’elle met en réseau des gens dont je n’ai pas la maîtrise sur leurs propositions. Elle rejoint néanmoins ma pratique d’éditeur puisque je me trouve « contraint » à la gestion (large) d’un réseau et à sa conduite. La consigne est donnée, quelquefois rappelée mais chacun agit à sa manière, certains s’y conforment strictement, d’autres sont plus ambigus, d’autres enfin se situent tout à fait en dehors du cadre indiqué, il arrive aussi que quelques-uns s’excluent d’eux mêmes. J’ai suffisamment souligné mon intérêt pour les pratiques créatives dites à contrainte pour évoquer les pratiques de l’OULIPO et les méthodes de Georges Perec : quel est l’objet pour moi de ce travail, en revenir à ce qu’en écrivait Perec, justement :

« Traquer l’ordinaire, l’infra-ordinaire, le banal, le quotidien… » Qu’est-ce qu’une scène de rue, qu’est-ce que filmer des automobiles qui passent, des enfants qui jouent, une rivière enserrée dans ses digues, une rue en travaux, le flot des passants, la pluie à travers les vitres et autres banalités informes, si ce n’est exprimer ce qu’écrit Perec dans la présentation de « Tentative d’épuisement d’un lieu parisien » (Bourgois1982)

« Un grand nombre, sinon la plupart, de ces choses ont été décrites, inventoriées, photographiées, racontées ou recensées. Mon propos dans les pages qui suivent a plutôt été de décrire le reste : ce que l’on ne note généralement pas, ce qui ne se remarque pas, ce qui n’a pas d’importance : ce qui se passe quand il ne se passe rien, sinon du temps, des gens, des voitures et des nuages. »


Des projets :

Reste à envisager une mise en commun des travaux réalisés, sous la forme d’un film, ou de tout autre montage réalisable, ce qui n’ira pas sans difficultés techniques, et sans choix drastiques pour ce qui concerne les prises de vue, si l’on souhaite aboutir, et c’est mon vœu, il conviendra de s’organiser en ce sens, c’est bien là que la discussion va commencer, mais les critères formels état malgré tout assez précis, des choix pourront être opérés assez rapidement et clairement, je le pense.

Je voudrais aussi souligner le très bon état d’esprit qui règne dans ce groupe, qui fonctionne en petit comité, en égard à l’hydre Facebook (moins d’une centaine de membres, et une quarantaine agissant de façon efficiente). Sans humour, sans esprit et sans les échanges qui sont les nôtres, ça ne saurait avancer. Près de 500 photos qui bougent ont été postées depuis moins d’un mois, c’est beaucoup, et c’est le signe d’un grand intérêt de la part des aficions de la Photo qui bouge.

Hervé Bougel

Besançon, bord de l’eau 21/7/2011 -21h21 [HQ]

les canards aussi peuvent s’ennuyer…

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la photo qui bouge # 8

mardi 19 juillet, vers 12h, Lyon, ville partiellement classée au patrimoine de l’Unesco…

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la photo qui bouge # 7

Le bout du tunnel… Lyon, vers 12h mardi 19 juillet 2011. Plus urbain tu meurs !!!

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21 July 2011 21:46

Dans ma Kouizine à une certaine heure avant le repas.

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21 July 2011 09:44

PQB : Du rififi chez les pigeons. Ça rigole pas aujourd’hui, ça régule sec.

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21 July 2011 18:06

Metro de Lyon, today.

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20 July 2011 19:36

La photo qui bout, Lyon, 20 juillet 2011, 19h35 (avec action à la fin)

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Une installation filmique et poétique. A voir, et à commettre.

Une définition du monde, un point de vue de poétique générale. Passionnant. Les puristes du cinéma diront que le film est avant tout narration et montage. Mais, les objets et les situations captées dans la vie ne sont-elles pas l’origine des grandes créations ? Bien sûr, tout le monde n’est pas réalisateur. Ici la modestie et le travail sont de mise. La production régulière donne le sens à cette page, réflexion particulière de l’intimidité, qu’elle combat, par la création.

Pascal Szulc, fan de

 

Inverno, d’Hélène Frappat
Mémoires d’outre-tombe, Jean-Paul Farré est Chateaubriand au Théâtre du Chêne Noir
Pascal

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