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Louise Bourgeois ne sera pas centenaire

01 juin 2010 | PAR Margot Boutges

On pouvait la croire plus jeune, son travail n’étant vraiment connu du grand public que depuis la rétrospective de son œuvre au MOMA en 1982, Louise Bourgeois était pourtant presque centenaire. Elle est décédée hier d’un arrêt cardiaque à New York à l’âge de 98 ans. En 2008, le Centre Pompidou exposait un échantillon de l’ensemble de sa création artistique lors d’une rétrospective mémorable. Et une des  arachnides monumentales qu’elle dispersait joyeusement aux quatre coins du monde était présente dans le jardin des Tuileries au milieu des statues classiques l’année dernière.

Louise Bourgeois est née à Paris en 1911. Elle tisse ses premiers rapports avec l’art dans l’atelier de restauration de tapisseries anciennes de ses parents en dessinant des motifs. Elle étudie aux Beaux-Arts, à l’Académie Ranson et à l’École du Louvre où elle reçoit l’enseignement des affichistes Paul Colin et Cassandre ainsi que de Fernand Léger. Elle rencontre et épouse l’historien d’art Robert Goldwater en 1937 qu’elle suit à New York. Elle fera toute sa carrière aux USA à partir de 1938 et devient citoyenne américaine en 1955. Elle évolue dans le milieu des surréalistes  expatriés en Amérique. Elle s’est illustrée dans de très nombreux langages artistiques (peinture, dessins, gravures…) mais c’est surtout avec la sculpture que sa création trouve ses lettres de noblesse. Elle s’inspire de Giacometti et de Brancusi ainsi que des grands expressionnistes abstraits Pollock, Rothko ou De Kooning.

Rarement une œuvre n’aura été tant marquée par les traumas personnels que celle de Louise Bourgeois. L’aventure extra conjugale de son père avec sa préceptrice qu’elle haïssait et sur laquelle sa mère fermait les yeux l’immerge violemment dans la sexualité alors qu’elle n’est encore qu’une enfant. Son oeuvre cherchera par la suite à apprivoiser les relations entre les hommes et les femmes. Elle explore le corps, la maternité, la sexualité et la mort. Elle mêle le corps à l’architecture dans ses femmes maisons, modelant ainsi d’inquiétantes structures d’accueil. Elle règle des comptes avec la figure d’un père détestée à travers des installations telles que Destruction du Père qui est un retour sur sa vie familiale marquée par l’autorité d’un père despotique qui finit sous la table dévorée par la fratrie. En écho au rejet paternel, elle transcende la figure d’une mère adorée à travers ses emblématiques spiders intitulées Maman. Les araignées de Louise Bourgeois ne se veulent pas terrifiantes mais accueillantes. Elle confère une dimension très positive à une créature maternelle et nourricière. « Parce que ma meilleure amie était ma mère, et qu’elle était aussi intelligente, patiente, propre et utile, raisonnable, indispensable qu’une araignée » inscrit-elle sur les pattes de la bête.

Louise Bourgeois était une féministe militante. Celle qui clamait que son prénom avait été choisi par sa mère en hommage à Louise Michel, la figure de proue de la Commune de Paris participa activement au mouvement de libération de la femme. Elle a toujours refusé  de voir une  implication féministe dans son art. «Mon travail s’apparente à des questions qui transcendent les genres. » déclarait-t-elle.

Ainsi s’éteint une formidable plasticienne doublée d’une femme émouvante qui à 98 ans, recevait encore des jeunes artistes dans son atelier de Brooklyn pour converser, pour échanger. Celle qui faisait figure d’étendard pour la nouvelle génération d’artistes femmes laisse la place aux héritières.

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Margot Boutges

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