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[test] PS4 The Last Guardian « Une expérience hors norme ! »

[test] PS4 The Last Guardian « Une expérience hors norme ! »

12 décembre 2016 | PAR Sandra Bernard

Houraaa, The Last Guardian, le jeu le plus controversé de ces dernières années est enfin devenu une réalité le 7 décembre 2016 sur PS4. Jeu culte dès sa première apparition en 2007, The Last Guardian a suscité 9 années de réflexions et de réalisation intense de la part de son créateur visionnaire Fumito Ueda. Une œuvre hors norme qui insuffle un vent de fraîcheur et un niveau de poésie contemplative rarement atteints dans le jeu vidéo.

[rating=4.5]

Trico et le héros
Trico et le héros

En seulement deux jeux, Ico (2001) et Shadow of Colossus (2006), Fumito Ueda est devenu une star du jeu vidéo, à l’image de Miyamoto, ou Kojima. Son style, qui remet en cause toutes les logiques de gameplay classique, a réussi à toucher les joueurs à la recherche de nouvelles expériences. Comparable à un artiste avant-gardiste, Ueda emporte le joueur dans son monde imaginaire afin que ce dernier puisse vivre « sa propre » expérience de l’oeuvre. Une manière de jouer qui s’apparente à l’immersion dans l’univers de l’artiste, une expérience unique qui plait aux joueurs !

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L’histoire

Un jeune garçon se réveille dans une grotte à côté d’une étrange créature dont les traits ressemblent à ceux d’un Chat-Griffon ou « Chat-Poulet ». Ces deux personnages opposés vont apprendre à se connaître, à s’entraider, à tirer profit des capacités de chacun, afin de pouvoir s’échapper d’une mystérieuse forteresse en ruine… Au fil de l’histoire, une relation très touchante prend vie entre le jeune garçon et cette créature nommée Trico. Un rapport d’amitié qui figure au centre de cette nouvelle production de Fumito Ueda. Une expérience unique en son genre, sublimée par l’esprit d’un artiste vidéo ludique qui chercher constamment le changement.

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Graphismes

The Last Guardian est beau, voire même sur certains points extrêmement accrocheur, mais certains aspects sont loin d’être une merveille technologique. La direction artistique est sans nul doute la plus belle que l’on ait pu voir un jour sur cette console. Les ruines dévastées, laissées à l’abandon, s’harmonisent à merveille avec la faune et la flore, et le magnifique travail sur la lumière caresse tout doucement l’œil. Contrastant avec l’aspect figé des édifices majestueux, les arbres et la végétation bougent sans cesse au grès d’un vent qui insuffle vie et dynamisme à l’image. De petits détails comme les milliers de papillons ou encore les lézards grouillent dans cet environnement qui réussit à nous faire oublier que le jeu a été initialement prévu sur PS3.

De plus, Trico apparaît comme le plus beau Griffon de l’histoire des jeux vidéo. Ses milliers de plumes donnent envie de le caresser, sa petite bouille est craquante ! Il est véritablement le centre de l’intérêt du joueur de par son design et la beauté graphique qu’il dégage, mais surtout par ses réactions félines très réalistes qui touchent directement l’affect du joueur !

Cependant, dans ce tableau idyllique, des décors qui au final se ressemblent beaucoup entrainent une certaine monotonie, mais cela n’altère en rien l’aventure. Par contre, la fluidité inégale du jeu ne passe pas et entache même certains passages délicats.

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L’univers du jeu

S’il y a un aspect que Fumito Ueda transcende dans ses jeux, c’est bien celui de l’univers du jeu. Avec Ico sur Playstation, l’auteur avait donné une magistrale claque au monde grâce à un gameplay et une réalisation hors du temps. Avec Shadow of Colossus, il amplifie son concept d’univers onirique dans un mode ouvert qui fait plier la PS2. Dans The Last Guardian, il explore d’avantage la relation du personnage principal avec son compagnon dans un monde aussi étrange que merveilleux à découvrir. En somme une évolution très bien pensée qui renouvelle merveilleusement la pensée artistique d’Ueda.

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Trico un compagnon de route aussi attachant que têtu

Ce qui est unique dans The Last Guardian c’est cette relation de confiance progressive que le joueur doit vivre avec Trico. Il faut se rendre à l’évidence, Ueda a poussé loin, très loin, le niveau d’intelligence artificielle de cette créature. À tel point qu’elle apparaît par moment comme un véritable être vivant doté de volonté propre, voire même de sentiments : juste bluffant ! Cependant, à vouloir aller si loin dans l’expression d’une volonté, le joueur se retrouve parfois coincé pas mal de temps avant que Trico ne se décide à exécuter l’action qui permet d’avancer dans l’aventure, même si le jeune garçon à la possibilité de donner des ordres à la créature. Pour certains, cela pourra paraître déroutant concernant le gameplay, d’autres trouveront cela intimement réaliste de devoir gérer un animal capricieux.

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Gameplay et IA

Concernant le gameplay à proprement parler, il est regrettable que le système de la caméra ne soit pas au niveau du reste du jeu. Certes, cette caméra dynamique réussit à suivre le héros et la créature de manière très douce afin de souligner davantage l’environnement onirique du jeu. Mais elle n’est pas parfaite. Après 9 années de développement, il est regrettable de se retrouver avec les mêmes problèmes que dans Shadow of Colossus. Ainsi, cette caméra réussit à énerver les plus férus défenseurs du travail de Fumito Ueda, surtout lors de passages très délicats où elle trouve des angles incompréhensibles.

De plus, malgré une certaine rigueur requise pour la résolution des énigmes qui vont crescendo, il est regrettable qu’elles apparaissent à la longue assez monotones dans leur réalisation. Et ce n’est pas l’intelligence artificielle des ennemis, ainsi que les affrontements requis pour les passer, qui réussiront à faire oublier cet aspect amer du jeu.

Heureusement que pour rattraper ces défaillances la maniabilité du personnage est exemplaire, ses animations ultras réalistes, stylisées et variées n’accusent aucun temps de latence. Ces réactions s’accordent parfaitement avec ce que veut le joueur, simplicité et naturel. De ce point de vue, le gameplay proposé par Ueda est un modèle d’harmonie avec le level design que les deux héros parcourent avec bravoure. Ajoutez à cela des animations comportementales tout bonnement sublimes de Trico lorsqu’il veut bien répondre, et l’on touche ici presque la perfection.

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L’environnement sonore

L’autre point fort des jeux de Ueda est sans nul toute l’ambiance sonore qui joue ici un rôle particulièrement important pour l’immersion du joueur. Il ne faut pas passer par quatre chemins, la recherche des bruits de fond, de la brise légère au vent violent, des branches d’arbres, des herbes qui dansent, des murs qui craquellent et surtout des bruits émis par Trico sont tout bonnement du même niveau que la recherche sur le visuel du jeu. Comme d’habitude avec Ueda, la musique de Takeshi Furukawa apparaît ici en second plan pour appuyer les moments forts et se retire pour laisser l’environnement sonore jouer son rôle. Un système 5.1 s’impose pour découvrir véritablement toute la richesse sonore et s’immerger complètement dans le jeu.

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L’intérêt du jeu

La première question que l’on est en droit de se poser est de savoir si le jeu vaut toutes ces années d’attentes ? D’un point de vue purement technique, le jeu est quelque peu dépassé si on le compare aux dernières productions. Le frame rate n’est pas constant, et la PS4 souffre, seule la PS4 pro tire son épingle du jeu. Mais est-ce vraiment un bijou technologique ne faisant que du bien à la rétine que les joueurs attendent d’un jeu comme The Last Guardian ? Clairement non, les capacités graphiques du moteur sont assez convaincantes pour transporter le joueur auprès de Trico et éveiller de la magie, et cela est suffisant !

En somme, l’expérience de The Last Guardian l’emporte sur la qualité visuelle. À la manière d’un jeu indépendant, Ueda a fait le pari de proposer un jeu expérimental. Un jeu assez beau visuellement, pour provoquer chez les joueurs de la contemplation onirique, doté d’un gameplay simple mais efficace qui place le joueur au centre d’un lien avec une créature virtuelle unique. Cela vaut bien les 9 années de développement et toutes les péripéties qu’Ueda a pu avoir avec Sony… C’est surtout la marque de fabrique d’un perfectionniste qu’il faut ici saluer.

20161208_152416 L’avis de Toute La Culture

En somme, malgré quelques défauts qui sautent tout de suite aux yeux et nous brusquent un peu trop souvent dans le rêve que le jeu propose, ainsi que des ennemies à l’intelligence artificielle un peu trop molle, The Last Guardian reste une œuvre à part d’une grande richesse et profondeur. En effet, grâce à Trico et au travail visuel sur l’univers, la magie opère en nous faisant finalement oublier ces problèmes techniques. Ueda propose avec The Last Guardian une expérience unique qu’il ne faut pas rater tant les qualités de ce jeu sont ce que l’on aimerait voir apparaître plus souvent dans bon nombre de titres AAA. Fumito Ueda donne ici une leçon à tous les développeurs en affirmant avec son œuvre que le jeu vidéo peut être transcendé et s’approcher de la contemplation artistique.

Développeur : Team Ico /Editeur : Sony computer entertainment/Réalisation : Fumito Ueda / genre : Action, Aventure, énigme / Jeu solo.

1er apparition 2007, temps de développement 9 ans.

Visuels : capture d’écran ©Furyo

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Sandra Bernard
A étudié à l'Université Paris Ouest Nanterre la Défense l'Histoire et l'Histoire de l'Art. Après deux licences dans ces deux disciplines et un master recherche d'histoire médiévale spécialité histoire de l'Art dont le sujet s'intitulait "La représentation du costume dans la peinture française ayant pour sujet le haut Moyen Âge" Sandra a intégré un master professionnel d'histoire de l'Art : Médiation culturelle, Patrimoine et Numérique et terminé un mémoire sur "Les politiques culturelles communales actuelles en Île-de-France pour la mise en valeur du patrimoine bâti historique : le cas des communes de Sucy-en-Brie et de Saint-Denis". Ses centres d'intérêts sont multiples : culture asiatique (sous presque toutes ses formes), Histoire, Histoire de l'Art, l'art en général, les nouveaux médias, l'art des jardins et aussi la mode et la beauté. Contact : sandra[at]toutelaculture.com

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