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Entre Escape Games et théâtre immersif à New York

Entre Escape Games et théâtre immersif à New York

04 octobre 2017 | PAR Mathias Daval

En matière de théâtre mâtiné de jeu immersif, New York est à la pointe. On aura ainsi pu tester deux scénarios, « First Person Xperience: RED » et « Paradiso: The Escape Test« , qui constituent la crème des aventures dans la Big Apple, dont nous attendons toujours de tester l’équivalent en France…

On aura commencé par se rendre dans un improbable coin des docks dans le Queens, où l’on teste RED, First Person Experience, une Escape room d’un genre un peu particulier. Dans un environnement post-apocalyptique assez générique, c’est d’abord seul, un masque sur les yeux, que l’on se retrouve dans l’une de la douzaine de salles sans autre instruction que de récupérer des éléments nécessaires à la survie du groupe (bandages, bouteilles d’eau, nourriture…). S’il y a bien quelques cadenas épars et des tiroirs à fouiller dans tous les sens, le cœur du jeu n’est pas là, et on ne trouvera dans cet Escape ni véritable énigme, ni manipulation particulière. Ce qui fait son originalité, c’est la présence d’acteurs (quatre dans le cadre de notre aventure, sur une douzaine qui changent selon les scénarios), interprétant d’autres « survivants », à qui l’on peut choisir de se fier… ou pas. Car chaque joueur, et le groupe dans son ensemble (de 2 à 16 joueurs ! De 3 à 6 semble être un optimum), influe sur le scénario. Certaines décisions entraîneront certaines conséquences… La profusion des détails du décor, déroulé sur deux étages, la complexité d’un storytelling à embranchements multiples, voilà qui rend l’immersion totale pendant les 1h15 du jeu. Et l’on vient à s’interroger dans quelle mesure cette simulation n’est pas un formidable révélateur de la nature humaine, et ce que l’on ferait vraiment en cas d’attaque de zombie ! Un regret peut-être : que la partie réflexion/fouille ne soit pas davantage intégrée dans le scénario, et reste un peu en suspens. Mais cela n’est qu’un prétexte pour recommencer le jeu, car contrairement aux Escape traditionnels, il est possible – et même souhaitable – d’effectuer plusieurs sessions, pour lesquelles le game master adaptera le scénario et les acteurs… Du travail sur mesure, donc !

Plus traditionnel mais incluant également l’intervention de comédiens, Paradiso Escape est un autre modèle du genre, créé en 2016 par une équipe venant du cinéma et du théâtre. L’aventure s’appuie sur un thème inspiré d' »Alice au pays des merveilles » (décidément, avec « Then She Fell » c’est la mode à New York) à la sauce Anonymous, on est plongé dans l’étrangeté du lieu dès l’arrivée dans le long couloir du 14e étage d’un immeuble quelconque de Midtown à Manhattan. Notre petite équipe signe une décharge dont on ne sait pas si elle est à moitié bidon, puis direction la première salle, somme toute traditionnelle, mais qui n’est que la première étape d’une Escape très bien ficelée. Dosant avec équilibre la fouille et le creusage de méninges, certaines séquences comportent peut-être un peu trop de cadenas pour notre goût, mais l’ensemble est cohérent et le rythme jamais déséquilibré. Et lorsqu’un blocage ou un temps mort semble poindre le bout de son nez, l’un des trois acteurs est là pour donner un peu de piment à l’aventure. Au final nous finirons au cordeau, à moins d’une minute de la fin ! (Un conseil : il est parfois inutile de complexifier un problème qui doit être aborder dans son sens le plus évident.) De la première à la dernière minute, avant et après même le début de l’aventure, Paradiso tire la ficelle de son scénario, et ce brouillage très matrixien est bien réussi, même si on aurait souhaité davantage d’interaction possible avec les personnages du jeu. A noter que le lieu propose 2 autres salles, que l’on a évidemment hâte de tester !

First Person Xperience: RED
Long Island City, New York
Durée : 75 min
De 2 à 16 joueurs, à partir de $65/pers

Paradiso: The Escape Test
Midtown, New York
Durée : 60 min
De 4 à 10 joueurs, à partir de $50/pers.

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Mathias Daval
Né à Paris en 1977. Journaliste culture & nouveaux médias depuis 2001. Lauréat de la bourse du Centre National du Théâtre en 2014. Musicien, membre du groupe Dazie Mae. Cofondateur du journal I/O Gazette, éditeur pour The Theatre Times, et membre de la Fédération nationale des critiques de la presse, il vit actuellement entre Paris, Barcelone et d’autres dimensions de l’espace-temps plus difficilement accessibles.

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