Tendances

Conflit armé de culture : Eutelsat coupe une télévision d’information libre au Caucase

04 février 2010 | PAR La Rédaction

Par Emmanuel Niddam

Lundi premier février 2010, maison du barreau de Paris, le gratin des journalistes internationaux s’agglutine dans une conférence de presse inhabituelle : Perviy Kavkazskiy (Première Caucase, ou « 1K »), une chaîne russophone d’initiative géorgienne, à destination de tous les pays de l’ex-bloc soviétique, vient de perdre le canal satellite que lui louait Eutelsat. Sur fond de conflit militaire Russo-Géorgien, et de frais accords commerciaux entre Eutelsat et l’entreprise russe Gazprom, un simple contentieux commercial devient un conflit diplomatique explosif.

Rappelons nous tout d’abord qu’Eutelsat n’est pas à son premier fait d’arme diplomatique. En 2008, c’est la chaîne dissidente chinoise NTDTV qui était désactivée. La BBC en version Farsi, destinée à l’Iran, était elle aussi victime de refus du fournisseur de canaux satellites la même année. Mais que faire ? Seule Eutelast possède les satellites capables d’émettre en direction des pays de l’ex bloc soviétiques.

Cela fait beaucoup. Beaucoup de choses qui pèsent désormais sur les épaules de cette toute jeune équipe de journalistes. Tout dans cette sombre affaire nous ramène à l’ère de la guerre froide, et nous rappelle que la culture est aussi une arme de guerre. Malaise.

« Tous les faits, rien que les faits »

Voila le slogan de Première Caucase : naïf à nos oreilles, il indique bien les ambitions simples de ce petit pays pris en étau entre des grandes puissances antioccidentales (Iran, Russie). « Tous les faits, rien que les faits », c’est un vœu pieu que nos journaux ont appris à ne plus formuler, et que notre presse sait caricaturale.

Perviy Kavkazskiy : Lost in translation

img00007-20100201-1213Tous les journalistes attendent donc la voix du directeur d’antenne, premier acteur de ce conflit armé par satellites interposés. Le directeur est un grand bonhomme à l’air poli. Il se chauffe la voix, et entame son exposé… en russe. Oui, Première Caucase est une chaîne qui fédère des opposants au Kremlin, d’un ensemble de pays différents, qui décident d’user de la langue Russe pour faire entendre la réalité.

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Malaise encore, lorsqu’une journaliste anglaise interroge la provenance des financements de Première Caucase. Pour les responsables de « 1K » la chaîne est financée « par l’argent des citoyens géorgiens ». Vu d’Europe, cela ne pose aucun problème : des chaînes publiques destinées à l’international on en connaît (BBC, France 24). Mais les responsables géorgiens se défendent d’une question qu’ils perçoivent comme une attaque : « Non, ce n’est pas une chaîne du gouvernement ! c’est une chaîne libre ». Dans le Caucase, il va falloir du temps avant que le concept « d’entreprise publique » cesse de signifier « instrument du pouvoir ».


La coupure d’une chaîne de télévision transnationale, qui fédère ceux qui partagent une même langue, est un acte violent, qui renvoie chacun à sa propre solitude. Eutelsat, entreprise à capitaux français, va désormais devoir s’en expliquer : le président du tribunal de commerce de Paris a accepté, lundi 1er février, une procédure en référé pour faire comparaître Eutelsat. Espérons que l’imbroglio culturel épargnera le discernement des juges.

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La Rédaction

3 thoughts on “Conflit armé de culture : Eutelsat coupe une télévision d’information libre au Caucase”

Commentaire(s)

  • johanna

    La GEorgie est un fabuleux pays en effet.
    Mais je pense que cela ne sert à rien de s’attaquer aux russes. Ils n’y gagneront rien.

    février 4, 2010 at 20 h 06 min
  • Georges GIEN

    S’attaquer aux Russes ? Si diffuser une information non controlée par le Kremlin est une attaque, tous les journaux devront bientôt fermer…

    février 4, 2010 at 21 h 08 min
  • Jacques

    Les Géorgiens s’en prendre aux Russes ? On aura tout lu !

    La Géorgie est une poussière minuscule et impuissante face à la gigantesque Russie et l’immensité de son armement. La parole est bien tout ce qui reste aux géorgiens.

    février 5, 2010 at 11 h 31 min

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