Théâtre

« Zaïdé, mon grand père et moi » , la mémoire qui construit

« Zaïdé, mon grand père et moi » , la mémoire qui construit

18 novembre 2015 | PAR David Rofé-Sarfati

Suite à un AVC, un vieil homme, perd partiellement la mémoire. Une série de séances de rééducation avec une orthophoniste fera resurgir une mémoire blessée. Et reviennent à sa mémoire des choses qui s’étaient tues.

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La pièce est un dialogue, en forme de dérobade et de rencontre,  entre Zaïdé, le grand père et son petit fils. Un pont se dessine entre deux générations auparavant étrangères, un pont qui enjambe une autre génération, celle du fils de Zaïdé, génération oubliée par la dette de la mémoire. L’orthophoniste appartient à cette génération intercalaire. Elle sera un outil, un dispositif géométrique, mathématique, sans regard  pour ce qui se trame entre Zaïdé et son petit fils.  Le jeu d’Agnès Proust est merveilleux de justesse.  Elle entend tout, n’écoute rien, elle est là pour travailler.

Zaïdé livrera des fragments de son histoire personnelle, de sa jeunesse d’enfant juif caché pendant la guerre, grâce au dispositif de ce pont là, où son propre fils est occulté. La transmission n’est possible que si elle est suffisamment espacée.  Le jeu tendre et vrai d’Henri Osinski nous suggère que l’AVC n’est qu’un prétexte. Le temps est venu de parler, de transmettre enfin; en miroir,  l’impatience du dynamique petit fils (excellent Léonce Pruvost).

A la faveur de l’AVC et de séances d’orthophonie, et au titre de l’âge qui avance et qui réclame son dû, la mémoire prend la parole, ramenant les souvenirs d’enfance, le front populaire, la guerre et la résistance, le yiddish perdu. Tout est dit dans ce conte tendre. La mémoire réclame trois générations, et c’est seulement comme grand père que Zaïdé consent à parler. Comme père, il avait fort à faire au sortir de la guerre, et ses enfants auraient ils voulu l’entendre?

La scénographie est magnifique, surprenante, fine et riche. L’ajout de vidéo enrichit encore le propos. La scène où Zaïdé allongé dans un lit d’hôpital-machine à rêver chante en yiddish devant un diaporama est un moment rare et délicieux.

« Zaïdé, mon grand père et moi »  aura réussi à nous émouvoir. Nous aurions voulu adhérer au texte si l’auteur avait su affronter la réalité, assumer son propos. Mais, émotif sans doute, il a contourné les faits, les a mis à distance, évité la confrontation avec le réel, il a fait sienne la facilité obscène du comparativisme qui mélange les génocides (ici, la solution finale avec le Rwanda), qui mélange les morts. Les nazis brulaient les cadavres, mélangeaient les cendres. Parfois, ils en donnaient une pincée à la famille. Ils détruisaient la singularité de chaque victime. Evidemment Felix Pruvost en créant Zaïdé aura cherché à sauver cette singularité, mais, très proche, il échoue. Il n’empêche. Il faut voir cette pièce, oublier la tâche, pour le jeu de Henri Osinski, pour la musique, la scénographie, pour la mise en scène, pour le plaisir procuré, pour l’œuvre.

Infos pratiques

Bibliothèque Publique d’Information (BPI) du Centre Pompidou
Petit Journal Montparnasse
theatredouze

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