Théâtre
Zabou Breitman fait revivre les spectres du passé au théâtre de la Gaîté

Zabou Breitman fait revivre les spectres du passé au théâtre de la Gaîté

22 octobre 2012 | PAR La Rédaction

Depuis le 12 octobre, Zabou Breitman est seule en scène au théâtre de la Gaîté-Montparnasse pour jouer le roman de Lydie Salvayre La Compagnie des spectres (éd.du Seuil). Véritable tour de force, la comédienne et metteur en scène y interprète huit personnages habitants d’un texte drôle et emprunt d’ironie sur la transmission intergénérationnelle. La pièce traite du malheur dans lequel vivent une mère et sa fille mais un malheur qui “peut se dire et souvent par le rire”, selon les mots de l’auteur.

Une mère, folle depuis la mort de son frère, vit seule avec sa fille en mal d’amour, dans un misérable petit meublé. Un jour, survient l’huissier de justice venu faire l’inventaire avant saisie de l’appartement pour cause de loyer non payé. Tandis que la fille, Louisianne, s’acharne à attirer les grâces de l’huissier, son entreprise est mise à mal par les crises de folie de sa mère, Rose.

La pièce s’ouvre sur un moment de tension extrême: l’expulsion imminente d’une mère et de sa fille. Sous nos yeux, se joue une scène annonciatrice d’un danger mais qui prend rapidement des airs triviaux au regard du portrait caricatural de l’huissier et des objets proches de la décrépitude. Par contre, la mère, qui prend l’huissier pour un traître de la milice sous Vichy, rappelle de façon inappropriée les souvenirs de sa vie malgré les efforts de sa fille pour la faire taire.

En creux se dessine un enjeu plus profond qui lie le poids du passé à l’impossibilité de vivre librement le présent. Comment le passé peut devenir un fardeau pour les héritiers de sa mémoire ? Rose rappelle sans cesse la mort monstrueuse de son frère. Louisiane devient le témoin privilégié et prisonnier de cette atmosphère morbide où le passé devient un présent perpétuellement réactualisé.

La confrontation mère-fille donne lieu à un jeu de comédienne jouissif. Zabou Breitman est tantôt Louisianne-fille et Lousianne-narrateur, tantôt Rose, gitane au bec et franc parler d’une vieillesse folle et révoltée. La comédienne devient aussi la grand-mère de Louisiane qui rejoue ses amours avec le Maréchal “Putain”. Avec un décalage ironique, le narrateur devient un double omniscient mais discret, complice du spectateur devant la folie qui s’est éprise de ces deux femmes.

Zabou Breitman a choisi le parti pris d’incarner seule les différentes voix qui habitent nos passés pour faire une adaptation juste et très drôle du roman sur la scène.

 

Edwige De Montalembert

 

 

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