Théâtre

« Wolfgang » au théâtre de L’Atalante

« Wolfgang » au théâtre de L’Atalante

15 décembre 2014 | PAR Prescillia Rodax

Largement inspiré de l’histoire de la jeune Autrichienne Natascha Kampusch, enlevée à l’âge de dix ans puis séquestrée pendant huit ans par Wolfgang Priklopil, la pièce donne à voir par les yeux du ravisseur, dans un drame à la fois psychologique et oppressant.

[rating=4]

Lorsque les lumières s’allument, Wolfgang (Antoine Doignon) et son voisin (Pascal Henry) se plaisent à comparer leurs haies de jardin : un geste anodin dans cette banlieue pavillonnaire, où tout semble presque trop parfait. Pourtant, dès les premières minutes, les mots sont lâchés : la haie est taillée au couteau pour les « cacher des regards indiscrets », et agit comme une « protection ». Le regard éteint et perdu dans le vide, Wolfgang nourrit ce fantasme d’un amour absolu et éternel, au-delà de toutes normes sociales. Lassé des visites désespérées de sa vieille mère et de ses relations de passage, il décide d’enlever Fabienne (Joséphine De Surmont), la fille de son voisin. Une petite fille pétillante et pleine de vie, qu’il va transformer en une femme soumise, « bonne et gentille », en la gardant précieusement dans un refuge souterrain, sombre et étriqué.

Dans un décor minimaliste et des jeux de transparence bien dosés, Antoine Doignon et Joséphine De Surmont traduisent avec justesse la psychologie torturée du tortionnaire et de sa victime. D’abord renfermé et accablé, Wolfgang retrouve une extase incontrôlée aux côtés de Fabienne, qui s’épanouie dans l’imaginaire troublé de son ravisseur. Peu à peu, il la persuade qu’une guerre a éclaté, que ses parents ne sont plus et que seul ce refuge pourra la protéger. Mais derrière la fiction et le mensonge se cache une réalité hypocrite, que Wolfgang tente de surpasser en façonnant son monde idéal. Détestable et touchant à la fois, Antoine Doignon réussit à s’emparer de cette empathie coupable éprouvée par le spectateur, qui se retrouve tiraillé entre la haine et la compassion.

Si le rythme de la pièce prend du temps à s’installer, le sémillant dynamisme de Joséphine De Surmont la propulse rapidement dans une cadence effrénée. Perdue entre un amour superficiel et une profonde aversion, elle s’illustre dans de longs monologues, s’attachant à des échappées imaginaires et enfantines. Mais si Fabienne voit sa liberté grandir au fil du temps, Wolfgang reste quant à lui écrasé par le fantôme de son père – brillamment interprété par Dominique Verrier – dont l’ombre ne cesse de le ramener à la réalité, jusqu’à l’entraîner vers une fin, tragique et inévitable.

Wolfgang de Yannis Mavritsakis, mis en scène par Laurence Campet, au théâtre de L’Atalante du 1er au 12 avril 2015.

Visuel : affiche du spectacle

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One thought on “« Wolfgang » au théâtre de L’Atalante”

Commentaire(s)

  • Pouchaudon

    Aussi bouleversant que subtil, une pièce magistralement interprétée par des comédiens formidables, avec en tête Antoine Doignon et surtout Joséphine de Surmont. Bravo !

    décembre 17, 2014 at 17 h 23 min

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