Théâtre
Vi(ll)es au TGP : Jackie, l’histoire d’une femme et de toutes femmes

Vi(ll)es au TGP : Jackie, l’histoire d’une femme et de toutes femmes

03 avril 2012 | PAR Celeste Bronzetti

Le Festival Vi(ll)es poursuit dans cette édition 2012 sa quête autour de l’individu et ses combats identitaires : Jackie, en scène du 31 mars au 3 avril au TGP, explore une figure féminine créée par l’écrivaine autrichienne Elfriede Jelinek et mise en scène par Anne Théron. Deux comédiennes creusent la vie et le corps de Jackie Kennedy, une icône de la modernité qui semble se charger du poids de l’histoire de l’identité féminine. Bouleversant.

La personne de Jackie Kennedy, femme et veuve du président américain John Fitzerald Kennedy, présente le drame de toute femme impliquée avec le pouvoir. Obligée à n’être qu’un mannequin souriant à coté du président, le personnage créé par Elfriede Kennedy se dédouble : deux femmes sont sur scène, l’une personnifiant le corps sans chair de la femme qui aspire à la  légèreté, voir à la disparition, l’autre, ombre noire, parole crue de la conscience qui accuse et qui met en scène son combat existentiel.

Ce n’est pas l’histoire d’une femme victime du pouvoir ce que Jackie raconte, mais plutôt le monologue intellectuel d’une personne en chair et os qui a connu le pouvoir de l’intérieur et qui, depuis cette position, le démantèle de façon corrosive. Mais Jackie raconte aussi les paradoxes de la richesse qui associe l’aspiration à l’accumulation matérielle avec la disparition du corps au profit d’une image vide. Jackye devient le cri d’une femme qui derrière ses vêtements luxueux interroge son existence et le sens d’une vie qui s’est nourrie de la violence et de la cruauté de tout rapport humain. Le corps sans chair de Jackie semble répéter la racine de mort qui le contamine : à cause d’une maladie provoquée par le désordre sexuel du Président, elle n’arrive pas à achever une grossesse et deux enfants meurent juste après leur naissance. La mise en scène saisit parfaitement la racine de ce drame : une femme si légère toujours sur le point de disparaître derrière son sourire mécanique et enragé ne semble pouvoir parler que de mort.

Si l’icône de Marylin, semble une ombre inquiétante qui grave sur l’existence de Jackie, la fausse lumière qu’elle émane est démasquée par l’intelligence malheureuse de cette femme en noir. La voix de Jackie se fait porteuse d’une vérité effrayante et qui nous concerne tous : le désir du pouvoir et les plaisirs de la gloire, ne cachent le plus souvent que l’affreuse obsession de la mort.

 

Visuels : (c) Gwenola Bastide

Le festival Silence, on court ! fête sa 5e édition du 9 au 14 avril
Christian Rizzo – Sakinan göze çöp batar – Artdanthé
Celeste Bronzetti

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture