Théâtre
Une semaine en compagnie : crises d’identités à la Maison des Métallos

Une semaine en compagnie : crises d’identités à la Maison des Métallos

13 septembre 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Deux spectacles offrant deux voyages vers des terres pas si lointaines et des liens sérieux avec la France. Que ce soit dans le théâtre classique de Lubna Cadiot ou dans la performance de Wagons libres, Une semaine en compagnie, événement organisé par La Maison des Métallos, Le TGP, le Collectif 12 et Arcadi donne la parole (entre autres) à deux nanas qui en ont  gros sur leur histoire.

18h30- Lubna Cadiot

Lubna Cadiot…Il est bizarre ce nom, il sonne comme venant de deux endroits. Peu importe, elle est belle. Elle commence par se déshabiller avant de se glisser dans une baignoire en laiton. En un geste, Fanny Touron invoque cette culture de l’eau, celle des hammams. Elle a les cheveux libres, loin de tous voiles. Elle commence à raconter dans un décor fait d’une table familiale recouverte d’une nappe où les ingrédients d’un pain perdu se laissent envier. Un grand panneau laisse entr’apercevoir d’autres personnages qui eux aussi se lavent. Elle raconte comment à 23 ans elle a quitté son pays car elle ne supportait plus d’être réveillée par le muezzin. Elle déboule à Paris en 1967, elle rencontre un gars qui lui laisse une petite fille, puis un autre, Marc Cadiot avec qui elle aura deux enfants. Eux veulent retourner « là-bas », rencontrer la famille de leur mère.

C’est de cela qu’il est question, de l’histoire d’une famille prise sous la figure tutélaire d’une morte, Hassiba Benbouali, poseuse de bombe pour le FLN morte à 19 ans. C’est l’histoire vraie de la metteuse en scène Anaïs Allais Benbouali. Lubna Cadiot n’est pas pour autant une pièce autobiographique, c’est une allégorie, en sept portraits de femmes de l’histoire de l’Algérie.

La comédienne va alors se glisser, sans changer de costume, juste en faisant évoluer sa posture dans cinquante ans de troubles. Elle est juste souvent, appelant aux souvenirs de chacun. Parfois elle se perd, on ne sait plus qui est qui, cela n’est pas très grave.

La mise en scène et le texte fonctionnent, offrant à Fanny Touron un rôle superbe où elle ne fourche jamais.   Un spectacle prometteur.

21h-Wagons Libres

Sandra Iché a ce qu’on appelle une prestance, elle vous regarde et vous captive en une seconde. Elle a dansé chez Maguy Marin et au P.A.R.T.S, l’école de danse fondée par Anne Teresa de Keersmaeker. Ici, c’est à une performance qu’elle nous invite en mêlant danse, théâtre, vidéo. Son but : nous projeter dans le futur, en 2030, s’y installer et examiner le Liban des années 2000  à travers le regard de la revue L’orient-express dont le rédacteur en chef, Samir Kassir a été assassiné en 2005.

Elle est troublante, assise à sa table de petit chimiste où elle distille sur un appareil de rétroprojection des images du temps d’avant, des gens d’avant. Elle y injecte de l’eau, de l’aspirine, de la couleur. Les images et les souvenirs se brouillent.

Et dire que tout a commencé pour un mec. Obsédé par son Alexandre, qui est complexe comme le Liban qu’elle vient de découvrir à l’IMA, elle part à Beyrouth pour écrire sa maîtrise sur L’orient-express et accessoirement tenter d’oublier le bonhomme.

Elle y rencontre des journalistes, se fait des amis. Elle en rapporte des témoignages un peu fous, jusqu’à la mort de Samir. Alors, elle essaie de comprendre, passant le pays au microscope du futur. Elle met la distance du temps.  Tant sur la forme que sur le fond, Sandra Iché met le spectateur en alerte. Wagons Libres est soutenu par Le Parc de la Villette et les Subsistances, entre autres, c’est dire que le ton est donné.

C’est vivant, c’est flippant, faussement bordélique. Rassurez-vous, dans 20 ans, la miss ne prévoit pas la paix au Proche Orient mais quelques solutions assez rigolotes sont proposées… qui sait …

Les deux spectacles jouent à partir de 18H30 ce soir à la Maison des Métallos qui présente également, à 18H30 et à 22H15, L’Examen de la Maturité.

Le festival se poursuit au TGP qui propose ce week-end la saga Soda ( voir notre critique)

Visuel : (c)  Damien Bossis

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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