Théâtre

Une semaine au festival d’Avignon 3

21 juillet 2009 | PAR Audrey Saoli

Aujourd’hui j’ai fait l’expérience du spectacle interminable au Palais des papes. Il y a un peu de masochisme chez les spectateurs du « in », et j’ai décidé pour un jour d’être « in ». J’ai donc assisté à la représentation d’ « (A)pollonia « du polonais Krzysztof Warlikowski. Quatre heures et demie de trash en polonais, sous titré en vert fluo.

 

A peine arrivée dans le palais des papes, le combat commence. Il me faut une couverture. Leur nombre est limité et je suis en jupe. Après être redescendue et remontée dans les nombreux étages d’ échafaudages, je finis par me plaindre ostensiblement d’avoir fait un aller-retour pour rien, mes voisins à contre cœur finissent par m’offrir une des leurs. Yes, I can !

Je jette un regard à la scénographie. Aïe. Warlikowski a-t-il remarqué qu’il ne jouait pas dans un théâtre ordinaire ? Pas un seul moment l’espace scénique ne prend en compte l’endroit spectaculaire qui l’entoure. Nous avons face à nous des petits enfermements qui en contiennent d’autres. D’ abord une scène qui pourrait être posée à n’importe quel autre endroit, puis deux cages de verre.

La pièce est une sorte de patchwork d’atrocités guerrières. Nous passons des tragédies antiques à la Shoah. Le texte est un montage ; Warlikowski a collé entre elles des centaines de références. L’Orestie d’Eschyle côtoie les Bienveillantes. de Jonathan Littel. Toutes ces références sont nappées d’un désir un peu facile de dénoncer une société voyeuriste. Tout le spectacle est filmé par un caméraman et retransmis en gros sur un écran. De plus, certaines situations tendraient presque vers le ridicule si elles ne devenaient pas franchement sordides.

Oreste, avec une poupée gonflable qu’il appelle maman, communique sur Skype avec Athéna, devenue une sorte de prostitué du net, Héraclès, ivre mort et blessé dans une baignoire et Clytemnestre en mère autoritaire.

J’ai vécu la deuxième partie comme une épreuve, ma concentration m’avait abandonnée et mes yeux ne supportaient plus les sous-titres vert fluo. Je me sentais si mal à l’aise que j’ai pris un fou rire nerveux face à l’absurdité de la scène (il me semble que cela parlait de grenouilles mortes). L’apothéose fut un double viol, qui, on ne peut pas dire le contraire, était terriblement bien joué, et pour couronner le tout, filmé par le caméraman.

Alors oui, je peux le dire, j’ai repoussé mes limites pour (A)pollonia. Est-on obligé d’aller jusque là ? Le débat reste ouvert.

Une semaine sur deux, ou le divorce expliqué aux enfants.
Joseph Roth, les années parisiennes d’un juif austro-hongrois
Audrey Saoli

3 thoughts on “Une semaine au festival d’Avignon 3”

Commentaire(s)

  • il faisait tres bien de lire ton commentaire, j’ai vu le spectacle et tu a vraiment raison!!!

    août 16, 2009 at 15 h 50 min

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