Théâtre

Une nuit des rois bouffonne

01 décembre 2009 | PAR Christophe Candoni

Après sa création au Théâtre de Genève, La nuit des rois par Jacques Vincey entame une grande tournée. On a pu voir la pièce à Créteil. Elle se joue actuellement au Théâtre des Gémeaux à Sceaux qui coproduit le spectacle. Celui-ci ne manque pas de fantaisie et de gaieté grâce à l’énergie folle mais disparate de la troupe. Pourtant, il n’est malheureusement pas à la hauteur de la plus grande des comédies Shakespeariennes.


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« Rien n’est ce qu’il est » conclut Feste car Shakespeare livre une brillante comédie sur le jeu des apparences et le trouble de l’illusion. Le duc Orsino est amoureux de la comtesse Olivia qui le repousse alors qu’elle est éprise de Césario qui est en réalité Viola, une jeune femme travestie en homme qui aime Orsino…
La pièce se déroule sur une île imaginaire, en Illyrie, représentée par le scénographe Maciej Fiszer dans un espace graphique totalement abstrait, plutôt froid et moche : un grand mur avec de nombreuses fenêtres rendues opaques par une épaisse buée qui deviendront transparentes au fur et à mesure de la représentation. Bien-sûr, le principe est très intellectualisant, on peut peut-être y voir une manière habile mais superficielle de souligner l’aveuglement des personnages, perdus dans la confusion de leurs désirs ainsi que le dévoilement progressif de leurs sentiments. A cela s’ajoute une musique rock, des lumières saturées. Cela fait plus moderne…

On apprécie le parti-pris du décalage et de l’ironie, notamment dans les costumes de Claire Risterucci et les coiffures improbables. L’idée de faire apparaître un gros ours polaire sur la banquise (notre photo) est assez amusante, tout comme l’utilisation des masques d’animaux, un clin d’œil bienvenu au Songe d’une nuit d’été grâce auxquels l’animalisation des êtres sème le trouble et rend étrange le réel. En revanche, la plupart des jeux de scène manque de subtilité et plonge vite dans l’humour potache et facile. Luc-Antoine Diquero (Toby) et Sharif Andoura (Andrew) forment un bon duo mais cabotinent à outrance, ce qui nous amène à penser qu’il y a beaucoup de complaisance dans la direction des acteurs. Certaines idées frôlent le ridicule comme lorsque le bouffon Feste (Roland Vouilloz) allume son iPod et se met à danser façon sixties ou apprend l’allemand en suivant sa méthode assimile.
A l’inverse, Jean-Damien Barbin dans le rôle de Malvolio est un grand acteur comique car il possède, justement, la gravité et la justesse nécessaire qui donnent de l’épaisseur au personnage. L’acteur est magistral en fanfaron transi d’amour et ridiculisé.
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Pour le reste de la distribution, Cécile Camp dans Olivia a une voix désagréable et sa diction reste atone Par contre, Prune Beuchat est exquise en Maria, piquante et aguicheuse. Camille Schnebelen est convaincante dans son double rôle complexe et même touchante dans la scène avec Orsino. Les retrouvailles entre les jumeaux est un beau moment d’émotion comme il y en a trop peu dans le spectacle.

La nuit des rois, jusqu’au dimanche 6 décembre, Les Gémeaux/Scène nationale, 49, avenue Georges Clémenceau – 92330 Sceaux. RER B Bourg la reine.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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