Théâtre
« Une histoire de clés » : Nathalie Akoun sombre dans un tragique profond et saisissant

« Une histoire de clés » : Nathalie Akoun sombre dans un tragique profond et saisissant

02 octobre 2014 | PAR Prescillia Rodax

Avec une ardente justesse, Nathalie Akoun livre les états d’âme de cette mère, cette Médée à la fois aimante et possessive. Dirigé par Olivier Cruveillier, ce seul en scène parfaitement maîtrisé mais au rythme fragile perd son public en route, pour mieux le retrouver dans un final plein de virtuosité.

[rating=4]

Perchée sur un haut tabouret, une jeune femme en imperméable beige nous conte son histoire. Elle est enfermée, mais on ne sait où. Elle répète que ce n’est pas sa faute, qu’elle ne comprend pas et qu’elle aimerait tout recommencer. Elle aime tellement ses enfants, mais personne ne lui a donné les clés pour entrer dans ce monde qui s’obstine à lui refuser une place. Nathalie Akoun est cette mère esseulée, fougueuse mais candide qui se noie dans son amour maternel, infini et insatiable.

Sur une scène dépouillée, Nathalie Akoun fait preuve d’une présence scénique remarquable. Ses confessions versent à la fois dans une tendre nostalgie, une impitoyable réalité et une folie, qui monte crescendo en emportant avec elle toute la salle. Un entremêlement de sentiments et d’émotions qui nous mène vers une véritable empathie, une connivence presque dérangeante. Et c’est avec une musicalité et une harmonie dans la voix que cette jeune mère nous révèle peu à peu les clés de sa vie, celles qui l’ont mené à un geste déraisonnable, qui ne semble pourtant pas l’effrayer.

L’histoire est prenante, tirée par un fil invisible qui mène le spectateur dans une légère introspection, qui sombre rapidement dans une véritable obsession compulsive. Et à force de vouloir tirer ce fil, le texte se perd dans des longueurs, des répétitions qui enrayent le rythme de la pièce. Heureusement, cette monotonie ne dure pas et se voit très vite rattrapée par l’angoisse et la douce folie qui habite Nathalie Akoun à l’approche du final. Dans cette mise en scène épurée, ses gestes sont riches de sens : pourtant convaincue de son innocence, elle ne cesse de se laver les mains lorsque ses mots se durcissent. Et c’est finalement le jeu de lumière, particulièrement ingénieux, qui trahi sa démence et l’absurdité de ce sentiment maternel.

Si l’on esquisse parfois quelques sourires devant la naïveté de cette jeune mère, Une histoire de clés se complaît davantage dans une éloquence tragique et haletante. Une vision possessive de l’amour, tendre mais profondément angoissante.

Visuel : affiche de la pièce / © Victor Tonelli

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