Théâtre
Un « Ubu Roi » sauvage sur terrain de sport au théâtre 13

Un « Ubu Roi » sauvage sur terrain de sport au théâtre 13

12 septembre 2021 | PAR Anne Verdaguer

Imaginée par Jarry au début du XXe siècle, Ubu Roi passe ici sous la houlette du facétieux Olivier Martin-Salvan qui en revêt également les traits. Le comédien mais aussi chanteur lyrique et « concepteur artistique » du spectacle, est irrésistible dans son interprétation d’un despote cruel et vulgaire. Il entraîne avec lui une joyeuse troupe déjantée, et prête à le suivre dans toutes ses extravagances.

 

Mais où court-il ainsi ? Le père Ubu, affublé d’une grenouillère ridicule, qui fait ressortir son gros ventre et ses épaules poilues. Il fait le tour d’un tapis dans un dispositif proche du ring. Ou en tout cas de la salle de sport, puisque c’est dans celle d’un lycée parisien que se joue la pièce ce soir là. Ubu sur un terrain de sport… voilà un postulat de départ qui servira bien des situations loufoques. Batailles de frites en mousse, blocs en triangle transformés en toboggans, ou en château assiégé, une vaste ère de jeu sans limite pour les comédiens, tous engoncés dans des tenues ridicules tout droit sorti d’un dessin animé de ranger japonais ou d’une soirée SM érotique, ils ne seront d’ailleurs pas en reste de ce côté là !

L’art du mime et de la bouffonnerie

En gros bébé capricieux, bête et méchant, dénué de toute psychologie, le père Ubu va créer un royaume où la cruauté domine, après avoir assassiné le roi Venceslas, et fait tuer les nobles, il va s’en prendre à ses vassaux, et à son fidèle général (hilarant Dominique Parent en militaire gogol). Ce clown vulgaire et ses fidèles commandants offrent un spectacle entre rire et effroi, augmenté par la lange étrange et belle de Jarry, où jaillit l’art du mime et de la bouffonnerie. C’est gratuit, méchant, sans fioriture et terriblement actuel dans la façon de parodier un pouvoir autoritaire .

Sans tabou, et jouant de son physique comme de sa voix, Olivier Martin-Salvan étonne et enchante à nouveau, tout comme dans Bigre de Pierre Guillois, Molière de la comédie en 2017, ou Jacqueline présenté l’an passé au 104 , dans le cadre du festival Les Singuliers, il est là où on ne l’attend pas, osant toujours plus jusqu’au point de rupture, faisant de la scène son laboratoire d’expérimentation et le lieu de tous les possibles.  

 

Ubu Roi, création collective, avec Olivier Martin-Salvan, Clément Deboeur, Rémi Fortin, Mathilde Hennegrave, Dominique Parent.

Avec le Théâtre 13 – Hors les murs
Du 09 au 12.09.21 – Au Lycée Claude Monet,
110 rue de Tolbiac, Paris
Du 16 au 19.09.21 – À la Mairie du 13e,
79 avenue des Gobelins, 75013 Paris

 

Visuel ©Sébastien Normand

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Anne Verdaguer

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