Théâtre
Un « Trois Mousquetaires » de rue qui ne manque certes pas de panache! [Chalon Dans La Rue]

Un « Trois Mousquetaires » de rue qui ne manque certes pas de panache! [Chalon Dans La Rue]

23 juillet 2017 | PAR Mathieu Dochtermann

Impatiemment attendu par les festivaliers de Chalon Dans La Rue, Les Trois Mousquetaires de la compagnie des Batteurs de Pavés d’après Alexandre Dumas a tenu toutes ses promesses et au-delà. Intelligent, truculent, mené de main de maître par une troupe soudée où les comédiens connaissent leur rôle à fond et y investissent toute leur âme et leur énergie, ce spectacle déambulatoire de théâtre de rue procure de ces plaisirs de spectateur qu’on n’oublie pas de sitôt. Souffrez, Messieurs, qu’on vous salue : c’est ce qui s’appelle un beau spectacle de rue !

[rating=5]

Les Trois Mousquetaires, comme nous le rappelle Emmanuel Moser, le metteur en scène – pardon, metteur en rues! – de la compagnie, c’est 800 pages en version poche. Alors, pour ne pas trop tailler dans le récit, et garder le plaisir gourmand de jouer LE roman de capes et d’épées, avec tous les combats que cela implique, les Batteurs de Pavés ont vu large : 5 heures de déambulation, ce n’est pas moins que cela qui est proposé aux spectateurs ! Quitte à s’attaquer à des œuvres monumentales, autant voir grand…

Trouve-t-on alors le temps long ? Que nenni ! C’est dû à un matériau mythique bien sur, connu de tous mais délectable en ce qu’il nous relie à nos lectures de jeunesse – et à quelques films et séries d’animation qui ont marqué les mémoires –, mais c’est dû évidemment avant tout à l’énergie improbable et au talent incontestable des comédiens de la compagnie. Endossant souvent plusieurs rôles, ils jouent avec une gouaille, un plaisir intense, une implication totale, avec ce sens de l’improvisation et de la foule qui ne peuvent venir que d’une longue expérience de la rue.

En résulte un spectacle bourré d’humour, qui se joue de la ville et exploite la moindre anfractuosité de son décor pour s’y glisser avec souplesse. Une déambulation qui transfigure les espaces traversés pour y saupoudrer une dose de merveilleux et de romanesque, un monument de créativité visuelle et dramaturgique. Et quel sens du comique ! Les personnages sont diversement déjantés, mais la palme toutes catégories revient sans nul doute à notre bon Roi Louis XIII, campé par le génialissime Laurent Baier, dans l’interprétation la plus folle et la plus hilarante qui fut jamais faite d’une tête couronnée. C’est, au passage, l’occasion de vérifier encore une fois cette charmante schizophrénie française, le public se délectant de tonner « Vive le Roi ! » à – littéralement – tous les coins de rue, autant qu’il vocifère avec jubilation quand on lui rappelle la lame qui sépara définitivement la tête de Louis XVI de ses royales épaules.

Un spectacle qui ne nous invitera peut-être pas à une profonde introspection, mais une gourmandise de spectateur de tout premier ordre, qui nous rappelle à quel point l’art dans l’espace public est important pour construire le regard que nous portons sur nos villes, et à quel point il est merveilleux de se divertir au sein d’un groupe de spectateurs qui fait finalement communauté, plutôt que seul sur son canapé devant un écran. Dans ce dernier scénario, l’aventure peut difficilement se terminer par un bal !!!

A voir, sans la moindre hésitation, avec de bonnes chaussures de marche et de l’énergie. Il en faut, pour tenir le rythme incroyable des ces batteurs de pavés déchaînés !

Distribution :
Mise en rues : Emmanuel Moser
Adaptation : Matthieu Béguelin
Costumes : Vaïssa Favereau, Jennifer Wesse
Diffusion : Delphine Litha
Jeu :
Laurent Baier : Roi Louis XIII / Rochefort / un mousquetaire / le père / O’reilly / le professeur de littérature
Élima Héritier : Constance
Mathieu Béguelin : Cardinal / Tréville / Marin / L’analyste marxiste
Arnaud Mathey : Aramis / Buckingham / Comte de Wardes
Périnne Delers : Reine Anne d’Autriche / Milady de Winter
Laurent Lecoultre : D’Artagnan Agé / Porthos / un mousquetaire
Dimitri Lovis : D’Artagnan
Enrique Medrano : Athos / Bonacieux
et d’autres…

Infos pratiques

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